Une bonne pioche dans les
rayons de la médiathèque, ce roman de Siri Hustvedt.
De l'auteur, je ne connaissais pas même le nom, mais la couverture du livre, son titre m'ont tentée par la promesse de profondeur, de livre et de fantaisie. La quatrième de
couverture a fini par me décider.
Roman essentiellement féminin, "Un été sans les hommes " met en scène quatre générations de femmes américaines. Elles sont toutes à une charnière de leur vie: adolescentes,
jeune mère de famille, femme dans la maturité de l'âge, octogénaires .
Au centre du récit, les autres étant des satellites qui gravitent autour d'elle mais qu'elle apprend à écouter et à comprendre, il y a Mia. Mia sort juste d'une crise psychotique aiguë.
Poétesse et universitaire, elle a passé le cap de la cinquantaine et vient d'être délaissée par son neuro-scientifique de mari qui lui préfère sa jeune collègue française.
La banalité de l'histoire(..)n'amortit pas le chagrin, la jalousie, l'humiliation qui s'emparent des abandonnées. Femmes bafouées. Je geignai, je criai, je frappai le mur de mes poings.
Je lui fis peur. Il lui fallait la paix, la liberté de s'en aller de son côté en compagnie de la neurologue de ses rêves, cette scientifique bien élevée, une femme avec laquelle il n'avait en
commun ni passé, ni douleurs pesantes, ni chagrin, ni aucun conflit. Et pourtant, il disait PAUSE, pas FIN, laissant ainsi le récit ouvert , au cas où il changerait d'avis.
Mia est guérie mais fragile et elle décide de quitter New-York, d'aller passer l'été près de sa mère pensionnaire d'une maison de retraite dans le Minnesota. Elle donne des cours
d'initiation poétique à sept adolescentes en pleine confusion des sentiments et rivalités féroces. A travers elles, elle revit l'enfer de sa propre adolescence, repoussée par les camarades
de classe , avide d'amour et de reconnaissance. Avec elles, par le truchement d'un jeu de rôle, comme dans une tragédie, la catharsis fera son effet, les tensions et les non-dits seront
surmontés, les siens et les leurs.
Elle découvre aussi l'extraordinaire vitalité des vieilles copines de sa mère , "les quatre cygnes" comme elle les surnomme, qui parlent de littérature, d'amour et des personnages de Jane
Austen et de tant d'autres sujets. Elles côtoient la mort mais l'affrontent. Mia se raffermit à leur contact et devient même la dépositaire des secrets coquins d'Abigail la brodeuse si délicate
et pourtant si frondeuse:
A un moment de la conversation qui suivit, je compris qu'Abigail se sentait considérablement mieux car elle commença à m'adresser des signaux en remuant les sourcils, geste à la suite
duquel elle baissait les yeux vers ses genoux.(..) Elle avait les mains dans les poches de sa robe brodée et elle exposait de petites parties de leur doublure rouge. Cette femme "portait" un
amusement secret. Caché dans ses poches, il y avait un message subversif, une broderie érotique ou quelqu'autre dessous, créé sans nul doute des années auparavant. Je télégraphiait à mon tour ma
compréhension silencieuse que la robe était pour ainsi dire chargée- un tissu caché de plus dans l'arsenal privé d'Abigail-, et cette entente tacite entre nous sembla lui procurer un plaisir
authentique car elle sourit d'un air rusé et m'adressa encore quelques signes des sourcils pour confirmer notre complicité.
Mia a pour voisine une jeune mère de famille. Lola est souvent seule , délaissée par un mari rustre , colérique et instable et elles se lient d'une profonde amitié, presque
maternelle de la part de Mia dont la fille Daisy a presque l'âge de Lola. Entre elles, comme un feu follet fantasque et délicieux, la petite Flora. Avec elles, la pyramide des âges est complète
et la redécouverte des joies et des douleurs de l'existence est bouclée.
Au terme de l'été, des femmes ont disparu au terme de leur vie, les adolescentes ont mûri et c'est le moment des adieux, Lola a trouvé la force de s'assumer avec ses enfants, Mia
s'est reconstruite en réglant son contentieux avec elle-même et avec Boris, l'époux volage.
Qui d'entre nous reprocherait à Jane Austen ses dénouements ou affirmerait que Cary Grant et Irène Dune ne devraient pas se réconcilier à la fin de "Cette sacrée vérité?"
Il y a des comédies et il y a des tragédies, pas vrai? Et elles se ressemblent plus souvent qu'elles ne sont différentes, un peu comme les hommes et les femmes, si vous voulez mon avis. Une
comédie, c'est quand on arrête l'histoire exactement au bon moment.
Aucune guimauve dans ce livre sans homme mais où l'on parle d'eux malgré tout, où il est question d'amour et de rivalité, de perte de soi et de reconstruction de soi, de naissance et de
mort, de vieillesse et de jeunesse, de poésie et de création.
J' ai parcouru à travers ce roman une aventure intérieure, je me suis amusée et j'ai été émue parfois.
Au final, un bon moment de lecture auprès de toutes ces femmes.
Editions Actes Sud, série Lettres anglo-américaines. Traduction de l'américain: Christine Le Boeuf. mai 2011- 216 pages.
ISBN 978-2-7427-9722-6
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