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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 20:01

 
 KALINKA

 Un Noël inoubliable, elle est entrée dans ma vie d'enfant.

 Devant mes yeux écarquillés d'émerveillement,
 Un  sapin gigantesque  chatouillait un plafond  à caissons décorés
 Etincelant de mille boules colorées, de guirlandes.
 Généreux, magnifique, il déversait
 Un flot de cadeaux enrubannés destinés aux enfants des employés.

 J'avais reçu le mien : cadeau sage "commandé" par maman.

 C'était bien, dans l'ordre des choses: une "travailleuse"...
 
 J'attendais sagement le goûter dont les autres disaient merveille.
 
 Une voix s'éleva: un super cadeau allait être tiré au sort.
 Le silence se fit: chacun retenait son souffle.
 ELLE fut exhibée à bout de bras: Superbe! du jamais vu.
 J'en tremblais de désir, guettais le geste  qui dépliait le papier
 Et ô merveille, j'entendis mon nom.

 De stupéfaction, je ne bougeais pas, ne répondais pas.
 "Mademoiselle ... n'est pas là?
  _Si! c'est moi!"
 Il allait replonger la main dans le sac!.
 Je bondis et serrais le paquet que l'on me tendait.

 ELLE me souriait, boucles brunes et teint clair.
 Poupée dormeuse et comble du luxe, marcheuse,
 Elle avançait gracieusement en tournant la tête:
 Il suffisait de la guider en la soutenant sous les bras. 
 Et coquette avec ça, vêtue à la dernière mode...

 La serrant  contre moi, je lui donnais son nom: Kalinka.

 Drôle d'idée: j'ignore encore pourquoi...
 J'avais huit ans.
 
 Elle ne m'a pas encore quittée,  ma poupée Kalinka.
 
  Elle venait de si loin, du pays des  rêves d'enfant
  Que je la garde près de moi et en moi à jamais.

           MdP (17-05-2012)
 
 Le thème a été proposé par Jeanne , du blog "Fa-Do-Si"

 

Par Mimi des Plaisirs - Publié dans : créations littéraires - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 13:26

L-envers-des-autres.jpg Alger, au début du XXIéme siécle.
 Alger, perçue à travers le prisme du quotidien et de l'intimité de ses habitants du centre-ville.
 Une vision sombre, violente, désespérée derrière les murs de la ville blanche de lumière: l'envers d'Alger.
  Quelle ville! Elle ne cesse de vomir et de hurler, de bondir et de se soulever. Qui a bien pu créer une ville pareille? Certainement un homme qui n'aime ni les couleurs, ni le blanc, ni le noir .

 " L'envers des autres" surtout, maquillés à outrance pour cacher leur vérité.
 
   Dans ce  roman très court (une petite centaine de pages), une polyphonie de voix dont les propos se complètent pour former un tableau saisissant de la souffrance en douze chapitres dont l'épilogue.  Chacun d'eux porte le nom d'un personnage : Adel, Kamel,Sarah, Yasmine, Mouna, Tarek, Adel, Hadj Youssef, Yasmine, La mère, Hamza. Ils partagent appartement, immeuble, faculté ou rue. Tous les âges sont représentés dans ce huis-clos oppressant de la ville d'Alger. Aucun espace de liberté où chacun doit jouer le rôle qui lui est assigné sous peine d'exclusion ou de violences.

  Deux, particulièrement, attirent et attisent l'intérêt ou l'incompréhension des autres par leur jeune beauté et leur singularité de caractère et de comportement. Adel et Yasmine, frère et soeur, agacent les autres de la famille et du quartier: ils sont épiés, leurs faits et gestes sont commentés, critiqués. Il ne fait pas bon, dans une société engoncée dans ses principes , ses rancoeurs et ses rêves avortés d'oser être simplement soi-même comme Adel qui aime les nuances, les exceptions, les complexités. Ils n'ont plus l'innocence de leur enfance où ils s'aimaient, se parlaient : désormais , ils vivent chacun dans le secret de leur sensibilité écorchée.  Ils n'en peuvent plus , se sentent étrangers, regardent eux aussi autour d'eux et ne trouvent pas leur place, ni affective, ni sociale. Mais ils ne sont pas les seuls.

  On étouffe dans la ville close prisonnière de son histoire. La révolte intérieure est matée par le silence et l'acceptation douloureuse de son sort, à l'image de cette jeune femme, Sarah soeur ainée d'Adel, otage de son mari devenu fou. Mais elle est  considérée, elle, comme folle parce qu'elle survit en peignant inlassablement. Sa vie est un enfer peuplé de cris et de cauchemars: J'entends Hamza gémir, ricaner, crier, parler, gémir. Il m'effraie. j'ai peur, peur de ce qu'il y a dans sa tête, de ses paroles de fou, de ses yeux qui me suivent constamment, de cette présence qui vit avec moi depuis des années.
 "Obligé", "forcément" deviennent les maîtres mots de toute attitude. La haine, la lubricité, l'ostracisme, l'incompréhension, la honte, les silences tendus, les tentations destructrices trouvent ici un terreau favorable.
  Comment prendre son envol dans un contexte aussi délétère, aveuglé et archaïque? Insupportables , hérissantes lamentations de cette mère sur ses propres enfants qui aspirent à être simplement eux-mêmes, vrais et qu'elle ne comprend pas:Mes enfants sont des imbéciles. Des demeurés. Des inconscients(..) Le pire, c'est qu'ils sont de moi. Tous les trois sont de moi. Tous les trois(..) J'ai vérifié. Deux fois.
  Aucun de ses hommes et femmes en souffrance ne se rencontrent, ne bâtissent quelque chose ensemble. Trop tôt encore sans doute: les sursauts de révolte, en particulier des femmes du roman, sont contenus, brimés et les hommes trop sensibles ne  survivent pas.


  Sur cette projection romanesque mais lucide de la société algérienne tiraillée entre des aspirations antagonistes, une petite lumière danse: celle de Mouna, la petite fille insouciante, heureuse de ses ballerines bleues toutes neuves qui apparaît symboliquement au milieu du roman. Elle chante et danse dans la cour de récréation sans prêter attention aux rires de ses camarades.  C'est elle qui dit "j'ai décidé, je veux, peu m'importe. " A mes yeux, elle incarne la libération de la femme  en devenir, l'espérance d'une existence pleinement choisie.

 Donc, un premier roman percutant à l'écriture efficace que j'ai vraiment apprécié.

 Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi a fait ses études en algérie avant de venir à Paris où elle vit maintenant. Primée pour ses nouvelles en 2006 et 2008, elle est l'invitée de Littératures Métisses  à Angoulême  à l'occasion de la 37ème édition du Festival de Musiques Métisses du 25 au 27 mai.

 Roman publié chez Actes -Sud en mai 2011. ISBN: 978-2-7427-9725-7.
 
                                          Je propose ce livre dans le challenge" Premier roman Defi-PR1 "
  
  proposé chez Anne:http://desmotsetdesnotes.over-blog.com/

Par Mimi des Plaisirs - Publié dans : littérature - Communauté : La littérature au féminin
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Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 15:50

   Une journée exceptionnelle pour ce 10 mai, pour mes quatre ans de chat.

  Dehors, une température de dessous de couette à donner la fièvre: 30 degrés! J'avais oublié ce bonheur. C'est le plus beau des cadeaux!
  
  Je me suis senti une âme d'explorateur et suis parti dès potron-minet en expédition de reconnaissance à travers les jardins devenus "ma" jungle secrète. J'y ai trouvé ce que je cherchais mais je ne me trahirai pas. C'est une histoire entre moi et moi.
  Vers midi, retour au camp de base pour un déjeuner fait d'une pâté inédite de chair de ...? au goût exquis. Nouvelle sortie , direction les élanthes odorants.
  Fil-de-soie-002.JPG
  Une petite sieste au coeur de ma forêt, l'oreille attentive seulement au bruissement des feuillages denses et au trotte -menu des fourmis. Les autres, les oiseaux et les souris dorment aussi. Rien ne presse. La paix...
   Un petit digestif à portée de canines bien tendre et bien vert  à machouiller: le paradis!
 Fil-de-soie-001.JPG
   Les yeux mi-clos, je laisse passer le temps de mes quatre ans en tissant le fil de soie de ma petite vie de chat.

  

Par Mimi des Plaisirs - Publié dans : les aventures extraordinaires de Fil de Soie - Communauté : Ma langue aux CHATS
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 22:23

 
 D'habitude, je dors, je vagabonde au gré de mes caprices, mais là, dans l'adversité, j'ai pris  conscience de mes responsabilités.
  Elle avait disparu pendant des jours : je somatisais fort, je ne mangeais guère, guettais sur le pilier son arrivée et quand Elle est revenue avec Lui, toute pâle, Elle m'a caressé et hop, au lit!...
   Je n'y comprenais plus rien, ce n'était pas dans mes prévisions. Alors Il et Elle m'ont tout expliqué.
  L'heure était vraiment grave. J'ai compris que je me devais d' intervenir: c'était le moment ou jamais d'exercer le pouvoir  mystérieux des chats compagnons de tous les magiciens du monde...Donc...donc...donc...je me suis gratté furieusement derrière l'oreille et j'ai su le remède.

 Au lieu de mener ma petite existence, somme toute très égoïste et mon train de vie de " pa-chat", je devais choisir  le dévouement sans limite.
Il le fallait, et je l'ai fait!
    Ce ne fut pas une sinécure en dépit des apparences...

            018.JPG
    Pas facile, de rester toujours couché- mais l'oeil aux aguets- pour prévenir le danger d'une arrivée bruyante et intempestive ou de filer près de Lui signaler une anomalie quelconque
  A tout instant présent auprès d'Elle alitée, j'ai veillé , attentif au moindre tressaillement, m'approchant d'elle pour lui communiquer ma douce chaleur, ronronnant des berceuses pour calmer ses inquiétudes. Je lui ai tendu la patte pour qu'elle la tienne, qu'elle se sente  aimée et ça a réussi : je l'ai guérie, oui.
  Elle avait bien quelques médecines et des drôles de tissu collants par endroits, mais c'étaient des babioles, des colifichets de pacotille inopérants. Pstttt!
   Le vrai remède, évidemment, c'était moi, mais j'en suis sorti épuisé. La preuve:
   022.JPG
 
     Signé:
                Fil de soie, es- garde-malade patenté de la confrérie des chats guérisseurs.

Par Mimi des Plaisirs - Publié dans : les aventures extraordinaires de Fil de Soie - Communauté : Ma langue aux CHATS
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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 20:32

   laforêt de mogari A quelques jours du Festival de Cannes 2012, voici le film qui a reçu en 2007 le GRAND PRIX:
   LA FORÊT DE MOGARI de la réalisatrice japonaise Naomi Kawase avec Shigeki Uda et Machiko Ono.
 Naomi Kawase avait déjà séduit Cannes avec Suzaku (caméra d'or en 1997) et Shara en 2003.  En 2012, est sorti sur les écrans Hanezu , l'esprit des montagnes.
   
 DVD: La Forêt de Mogari  . Editeur Mk2- mai 2009- VO japonais - version française- 93'

 
  Shigeki est un vieillard au comportement étrange qui vit au sein d'une petite maison de retraite où l'on s'efforce de se sentir vivant. Veuf inconsolable, il est habité par le deuil de sa femme Mako disparue depuis  trente-trois ans.
 Il ne sort guère de son mutisme et apathie dans cette ambiante tendre et aseptisée.
 Mais il se sent attiré par la jeune Machiko, sa toute nouvelle aide-soignante, habitée elle aussi par la souffrance d'avoir causé involontairement  la mort accidentelle de son enfant dont elle avait lâché la main.
 Cette main, symboliquement, elle la tendra  à Shigeki mais s'apprivoiser passera par des phases de rejet et de violence avant que la confiance ne s'établisse dans un magnifique jeu de cache-cache au coeur d'une plantation de thé aux lignes magnifiquement tracées.
   ForetMogari3.jpg

  Cette première échappée sera suivie d'une balade en voiture à deux. Une malencontreuse ornière contraint Machiko à laisser seul Shigeki quelques minutes: il en profite aussitôt pour fuir avec son trésor sur le dos: un sac mystérieux .
La jeune femme essaie de le rejoindre, consciente de ses responsabilités.

Une course poursuite cocasse et épuisante en forme de jeu d'enfants sous un soleil accablant ouvre la voie à une redécouverte des sensations et au plaisir de la pastèque partagée. Mais lShigeki s'enfonce dans la forêt luxuriante et sombre, vers le haut de la montagne.  Cette fugue vers la forêt de Mogari constitue le deuxième volet de l'histoire et le plus passionnant, le plus riche en émotion, dans un silence seulement troublé d'abord par les bruits de la nature vierge. Seuls au monde et avec eux-mêmes, ils commencent alors la quête essentielle et les épreuves pour gagner leur salut et la paix de leur coeur.
    ForetMogari6.jpg
  La forêt devient à ce moment du film un personnage à part entière, labyrinthique, clos et oppressant car elle cache le ciel. La cinéaste capte des moments éphémères et métaphoriques comme la fragilité du papillon pris dans une toile et libéré par la main du vieillard ou  les deux protagonistes quasi nus et enlacés près d'un petit feu  après un orage infernal qui les a anéantis et glacés. Cette scène nocturne est d'une beauté et d'une intensité  saisissantes.
   Shigeki parvient enfin au terme de son voyage: la tombe de Mako, sa femme et partage le secret du sac avec Machiko. De simples cahiers pour chaque année de deuil et une minuscule boîte à musique qu'il confie à Machiko et dont le faible son mécanique répète la seule et courte mélodie qui scande le film. Il creuse frénétiquement la terre pendant que le bruit d'un hélicoptère à leur recherche bourdonne au-dessus d'eux. Il se couche, la joue contre le sol: maintenant, il peut dormir apaisé, heureux. shigeki.jpg Elle, elle veille sur lui et souriante, reconciliée avec la vie, elle regarde à travers les cimes le ciel devenu bleu.

  Ce film est un film contemplatif , aux dialogues rares , épuré, sensible. Le silence y est la règle: il s'agit d' accompagner une quête initiatique, un rituel sacralisé pour accepter la mort, faire son deuil.
 On pourrait le trouver austère, lent mais il suffit de se laisser prendre par l'extrême beauté de l'image, par ces plans-photos d'un temps arrêté sur un visage, sur des mains ou les variations de la lumière sur les feuillages ou le rouge sensuel de la pastèque...Dans ce film où la mort est toujours en toile de fond, la vie est partout, elle triomphe dans l'activité des corps, des esprits, des sensations et des émotions. La vie palpite dans la forêt, perceptible à travers de menus indices sonores  et visuels.  La poésie surgit à chaque instant pour sublimer une image. La nature semble animée d'un souffle propre à elle, on comprend intuitivement le rapport étroit entre la vie et la mort en étant au plus près des éléments quand ils se déchaînent ou se font accueillants.
L'utilisation du clair-obscur ainsi que les couleurs, par le jeu des contrastes, participent à la force de cette plongée méditative. Ainsi l'existence régulée,  bavarde de la maison de retraite est pleine de couleurs vives, de lumière, de vert  tendre mais trop superficielle, elle ne suffit pas à sauver du désespoir morbide.  En revanche, les bruns et les verts sombres presque noirs, l'opacité de la nuit, en favorisant le retour à l'intérieur de soi  vont permettre l'éclosion de l'espoir.

 Sans doute y-a-t-il une philosophie animiste sous-jacente dans cette oeuvre mais au delà de cette portée intellectuelle, ce film est une parenthèse enthousiasmante par son esthétisme et sa profonde humanité.
  J'ai profondément apprécié ce moment.


 Je propose ce film au challenge Dragon 2012 ChallengeDragonEau (la culturesepartage.over-blog.com) proposé par Catherine.
 
   
   
  

Par Mimi des Plaisirs - Publié dans : plaisirs des yeux - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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