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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 15:22

     J'ai ouvert Le chant général de Pablo Neruda, prix Nobel de littérature en 1971. J' en ai lu quelques pages au hasard avec une grande admiration.

Ce poème , le quatrième  de la section XII intitulé "Les Fleuves du chant" a retenu mon attention pour ce défi 86.
J'ai trouvé que Pablo Neruda abordait le grand mystère de la mort de l'homme à travers celle  d'un artiste musicien; le mystère  de sa survivance également  avec une intensité poétique particulièrement saisissante. Il nous fait entendre le chant secret du monde dans ce poème oratorio qu'il écrit pour lSilvestre Revueltas dont les oeuvres sont toujours interprétées en particulier "Homenaje  a Garcia Lorca" (1936) pour orchestre de chambre.


Quelques instants, si vous le voulez avec la musique de Silvestre Revueltas(1899-1940) avant le poème de Neruda qui lui rend hommage.
 

 

 
       A Silvestre Revueltas, Mexicain, dans sa mort (Petit Oratorio)

       Quand un homme comme l'était Silvestre Revueltas

 

       retourne à la terre,

       une rumeur monte, une vague
       de voix et de sanglots qui prépare et divulgue son départ.

       Les petites racines disent aux céréales: "Silvestre est mort",
       et le blé ondule son nom sur les versants
       et aussitôt le pain le sait.
       Tous les arbres de l'Amérique le savent déjà.
       Aussi les fleurs glacées de notre zone arctique.

       Les gouttes d'eau le communiquent,
       les fleuves indomptables
              de l'Araucanie connaissent déjà la nouvelle.
       Du glacier au lac, du lac à la plante
        et de la plante au feu, du feu à la fumée:
        tout ce qui brûle, chante, fleurit, danse et resssuscite,
        tout ce qui dans notre Amérique est permanence,
               hauteur
                    et profondeur, l'accueille:
        pianos et oiseaux, songes et sons, le filet palpitant
        qui unit dans le vent tous nos climats
        tremble et transfère le choeur funèbre.
        Silvestre est mort, Silvestre est entré dans sa musique totale,
        son silence sonore.

         Fils de la terre, enfant de la terre, dès maintenant
                  tu entres dans le temps.
         Dès maintenant ton nom plein de musique va voler
         dès qu'on touchera ta patrie, comme du bronze d'une cloche,
         avec un son nouveau, le son que tu étais, mon frère.
         Ton coeur de cathédrale en cet instant nous couvre
                  comme le firmament
         et ton chant immense et grandiose, ta tendresse volcanique,
         comme une statue embrasée emplissent toute la hauteur.
         Pourquoi as-tu semé la vie? Pourquoi
         as-tu versé dans chaque coupe
         ton sang? Pourquoi
         as-tu cherché
         tel l'ange aveugle se cognant aux portes de la nuit?

        Ah! mais de ton nom jaillit la musique
        et de ta musique jaillissent, comme d'un marché,
        d'odorantes couronnes de laurier,
        des pommes d'odeur et de symétrie.

        En ce jour d'adieu solennel c'est toi qui prends congé,

        pourtant tu n'entends plus,
        ton noble front nous manque et c'est comme s'il manquait
        un grand arbre au milieu de la maison de l'homme.

       Mais notre lumière déjà est une autre lumière,
       la rue que nous prenons est une rue nouvelle,
       la main que nous touchons a maintenant ta force,
       tout devient force et énergie dans ton repos
       et ton intégrité va s'élever  du fond des pierres,
       elle va nous monter la clarté de l'espoir.

       Repose en paix, ton jour s'est achevé, mon frère,
       ton âme, douceur et puissance, l'a rempli
       D'une splendeur plus grande que les heures diurnes
       et d'une rumeur bleue comme la voix du ciel.
       Ton frère et tes amis m'ont demandé
       de répéter ton nom dans le vent d'Amérique,
       qu'il soit connu du taureau des pampas et de la neige,
       que la mer le soulève et que l'air en discute.

       Désormais les étoiles d'Amérique sont ta patrie.
       La Terre désormais est ta maison sans portes.

                   PABLO NERUDA
poète, écrivain, homme politique, diplomate chilien (1904-1973)
              Canto General  publié en 1950 à Mexico

 

 Traduction française de Claude Couffon (Poésie/ Gallimard- éd 1999)

  

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Published by Mimi des Plaisirs - dans littérature
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commentaires

Etienne 06/10/2012 08:35


Neruda est associé à un certificat de littérature que j'ai suivi à la Fac et j'ai consulté le Canto General à la Bibliothèque Universitaire : j'avais oublié comme la langue est forte, aux
sonorités ici très musicales analogues à la mélodie d'un oratorio, a la fois graves et sereines, apaiséees. La traduction de Claude Couffon est une réussite, j'ai comparé en parallèle !


  merci encore pour cette publication qui m'a permis, en plus, de me retrouver dans mon passé d'étudiant.


 Amicalement, Etienne.

Jeanne Fadosi 04/10/2012 18:21


un très grand poète et écrivain et un poème superbe quoique difficile. Belle traduction. Je regrette de ne pas connaître la langue qui me permettrait de lire le poète dans sa langue

Etienne 29/09/2012 09:00


C'est un défi poétique des plus aboutis, j'y reviens: deux immenses talents se conjuguent, pour magnifier la lecture de cet hommage. Je ne connaissais pas Silvestre Revueltas : quel choc!


A la construction ternaire, aux variations rythmiques de Silvestre Revueltas, correspond la composition musicale de Neruda, avec ses récitatifs, ses "airs",le Choeur des forces naturelles. J'ai
beaucoup aimé la dimension tellurique du texte, la traduction superbe  qui me donne envie d'aller voir le texte original pour savourer autrement ce lyrisme délicat, la beauté des images.


  On est bien là au bord du mystère de la vie, Du Grand Secret, comme aurait dit Michaux...


  Merci beaucoup, Mimi, et à jeudi-poétique prochain. Amitiés, Etienne.

Mimi des Plaisirs 02/10/2012 14:13



Vous avez dit exactement ce que je pensais sur cette rencontre et ces deux artistes. Merci de l'avoir si bien exprimé.
 Vous avez "El Canto General" en espagnol?  Je l'ai eu mais je suis incapable de le retrouver au milieu de tous mes livres ...Moi aussi j'aimerais savourer la beauté de la langue 
de Neruda.
 Au revoir Etienne. A jeudi.



Etienne 28/09/2012 18:41


Avant de partir  en réunion professionnelle, ce simple mot pour vous dire mon admiration pour ce superbe texte construit en oratorio, comme l'indique le titre de Neruda, et la parfaite
adéquation de la bande sonore avec le poème: un véritable petit chef-d'oeuvre!


 Je repasserai plus tard, dèsque j'en aurai le temps.


 


 


Amitités, Etienne.

Mimi des Plaisirs 02/10/2012 14:07



Vous avez parfaitement saisi mon intention en associant ce poème et la musique. En cherchant un morceau de ce compositeur, j'ai été soufflée par l'adéquation qui m'a semblée incroyable entre leur
tonalité, leur rythme et les émotions transmises. Pourtant, a priori, le titre, "El baile" n'était pas le plus adapté à l'éloge funèbre du musicien...
 Je compatis sincèrement pour la réunionite...J'en suis délivrée!



Catherine 28/09/2012 00:42


J'aime bien la façon dont il dit que cet auteur et son œuvre sont de la nourriture.


Bonne fin de semaine et caresses à Fil de Soie.

Mimi des Plaisirs 01/10/2012 19:11



Je l'ai trouvé original et sensible dans sa vision de l'artiste.


 Ce poème m'a donné envie d'en lire plus.