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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 09:10

  Enriqueta  propose pour ce jeudi le thème " Rendez-vous".

  En ce début de novembre, traditionnel rendez-vous avec ceux qui nous ont quittés, j'ai eu envie de rendre hommage à une femme dont j'ignore tout mais que je côtoie depuis des années à cette même date.


    Une servante d'un autre siècle morte en 1878 à 53 ans dans sa 34 ème année de service et dont la stèle encore debout rappelle le souvenir dans le cimetière d'un petit village.

.DSC03359.JPG
  
    Elle ne possédait rien mais elle avait tout donné.  
    Son coeur simple avait brisé les barrières et elle a été aimée.
        
       DSC03360.JPG
   

    Seule l'épitaphe écrite par ses maîtres témoigne encore de ce qu'elle fut: " A sa mort elle chanta son troupeau, ses pâtis, ses maîtres et ses parents ainsi que ses amis, ses champs et son chien son compagnon fidèle. Elle fut pour tous les temps des bergers un modèle"
   

    Ils ont voulu  honorer  la bergère par la sculpture qui reproduit sans doute ses traits et sa bienveillance dans une attitude familière.
DSC03357.JPG

 
    Personne ne vient fleurir la tombe où elle repose mais le passant s'y arrête, ému .
   

 Aujourd'hui je voudrais lui dédier ainsi qu'à toutes les femmes qui ont servi  dans l'humilité et l'oubli le poème LXIX de Baudelaire  qui semble avoir été écrit  pour elles seules.

 

     La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse
     - Dort-elle son sommeil sous une humble pelouse?-
     Nous aurions déjà dû lui porter quelques fleurs.
     Les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs,
     Et quand octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
     Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
     Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
     A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps.
     Tandis que, rongés de noires songeries,
     Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
     Vieux squelettes gelés travaillés par le ver
     Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver,
     Et l'éternité fuir sans qu'amis ni famille
     Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

     Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
     Calme, dans le fauteuil elle venait s'asseoir,
     Si par une nuit bleue et froide de décembre,
     Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
     Grave, et venant du fond de son lit éternel
     Couver l'enfant grandi de son oeil maternel,
     Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
     Voyant des pleurs tomber de sa paupière creuse?

 
                 Charles Baudelaire (Les Fleurs du Mal)
             Spleen et Idéal -  LXIX

 

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Published by Mimi des Plaisirs - dans poésie
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commentaires

Chloé 05/11/2012 10:17


Une belle manière d'aborder ce thème, en cette période de toussaint, en mettant à l'honneur Marie Brégeon et ce qu'elle réprésentait! Le  magnifique texte de  Baudelaire  rend cet
hommage déjà émouvant,encore plus touchant et intense ! Joli moment de partage! chloé

Mimi des Plaisirs 05/11/2012 15:29



Merci Chloé pour ce message sensible, merci d'avoir partagé l' hommage  à cette femme sortie  à ce moment -là de l'oubli d'un siècle au moins, d'avoir aimé les mots de Baudelaire en
écho.
 A bientôt le plaisir de te lire.
 Amitiés.



Mistymiaou 03/11/2012 14:29


C'est très émouvant. :) Une jolie stèle, un très beau poème. J'aime beaucoup Baudelaire.

Mimi des Plaisirs 03/11/2012 21:03



Merci Mistymiaou,
 Cette stèle , je la connais depuis mon enfance. Je suis contente d'avoir pu la dévoiler virtuellement.
 Et Baudelaire, son contemporain d'ailleurs, s'est imposé tout seul...



Etienne 03/11/2012 08:29


Quel brillant retour! Le paralléle entre l'épitaphe et le poème de Baudelaire est saisissant: même tristesse dans l'évocation de ces femmes et en même temps, même tendresse ( remords posthume ?),
même smplicité de langue.


  Aux accents virgiliens de la tombe  ( les Maîtres avaient dû faire  " leurs Humanités") répond le " quatrain"  d'ouverture du poème, au ryhme mélodieux et aux sonorités
adoucies...


  Je n'avais  jamais rencontré sur une tombe une telle épitaphe qui détone  au milieu des lieux communs funéraires habituels...


  Merci beaucoup, Mimi,  pour cette belle trouvaille- vous avez l'art de voir les choses !- et à jeudi poétique prochain, je l'espère...  Bien amicalement, Etienne.

Mimi des Plaisirs 04/11/2012 00:36



J'ai eu beaucoup de plaisir à retrouver vos commentaires pour ce jeudi en poésie. Vous avez fort bien saisi tout ce que je mettais dans cette association de l'expérience affective réélle, de
cette rencontre rituelle avec cette stèle d'une inconnue devenue familière au fil du temps et de la poésie de Baudelaire découverte au lycée. Je crois que j'ai toujours mis ce visage sur celui de
"la servante au grand coeur" et j'avais gardé en mémoire la douceur du début du poème, sa tendresse discrète. J'ai pris conscience en écrivant l'article que Baudelaire écrit au même moment son
poème. L'obscur auteur de l'hommage funèbre rejoint le grand poète!
 J'aimais l'épitaphe, j'y était sensible sans avoir pensé à sa tonalité virgilienne. Mais c'est évident maintenant que vous le dites.
 A jeudi. Bonne semaine, Etienne.



Catherine 02/11/2012 21:48


Une "belle" histoire d'antan, ils devaient y tenir à leur servante, et elle est morte jeune, sûrement qu'ils auraient voulu la garder plus longtemps. Et le poème va si bien.


Bon weekend Mimi et caresses à Fil de Soie.

Mimi des Plaisirs 03/11/2012 21:15



Pas très jeune pour l'époque malgré tout... Elle avait servi 34 ans.
Connaissant  ce village depuis mon enfance, je sais que les maîtres n'étaient guère tendres avec leurs servantes  et leurs métayers et que la barrière sociale était forte autrefois...
Cette stèle, payée par les maîtres est rarissime.
Un poème contemporain de la stèle! coïncidence ?
 Bises et bon W-end Catherine.



pichenette 02/11/2012 20:23


C'est magnifique! Ton choix, la stèle, le poème et tout ce que l'on imagine . Magnifique.

Mimi des Plaisirs 03/11/2012 21:21



Merci pour ces mots, Pichenette! mais si tu savais comme j'avais envie de tirer cette femme de l'anonymat et de l'oubli!
 Son visage et ces mots m'ont frappée et pour moi, le poème de Baudelaire, c'est un peu elle cette Marie