Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de lesplaisirsdemimi.over-blog.com
  • Le blog de lesplaisirsdemimi.over-blog.com
  • : Plaisirs de la vie, de l'esprit, moments forts ou joies simples qui donnent du prix à l'instant ou qui se gravent dans le temps.
  • Contact

Recherche

Archives

25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 21:23

   Pour cette session 101 du défi , Hauteclaire notre capitaine  a proposé de s'embarquer sur les routes du temps et pour la poésie de ce jeudi, le thème est "La préhistoire".

    Jouons donc aux paléontologues et redécouvrons le brontosaure (?) mis en poésie par un grand ami de Gustave Flaubert,  Louis Bouilhet (1822-1869).
  Voici l'apparition de la BÊTE bien  avant Jurassic-Park...

 Avant le Déluge
 
 Le sable cependant fermente au bord de l'onde:
 La nature palpite et va suer un monde.
 Déjà, de toutes parts, dans les varechs salés
 Se traîne le troupeau des oursins étoilés;
 Voici les fleurs d'écaille et les plantes voraces,
 Puis tous les êtres mous, aux dures carapaces,
 Et les grands polypiers qui , s'accrochant entre eux,
 Portent un peuple entier dans leurs feuillages creux.

 La vie hésite encore, à la sève mêlée,
 Et dans le moule antique écume refoulée.
 Sur la grève soudain, parmi le limon noir,
 Une chose s'allonge, épouvantable à voir:
 La masse lentement sort des vagues humides,
 Un souffle intérieur gonfle ses flancs livides,
 Et son grand dos gluant, semé de fucus verts,
 Comme un mont échoué, se dresse dans les airs.
 Elle monte! elle monte! et couvre les rivages!
 Sous le ventre ridé sonnent les coquillages;
 La patte monstrueuse, aux gros doigts écaillés,
S'étale lourdement sur les galets mouillés.

 Au bruit des vents lointains, parfois la bête énorme
 Tourne son museau grêle et sa tête difforme;
 Hérissant leur poil dur, ses naseaux dilatés
 Semblent humer le monde et les immensités
 Pendant que ses yeux ronds, bordés de plaques fortes,
 Nagent , lents et vitreux, comme des lunes mortes;
 Hideuse, elle s'arrête au bout du sable amer,
 Et sa queue en longs plis traîne encore dans la mer.
 Alors, montrant à nu ses dents démesurées
 Et fronçant sur son dos ses écailles serrées,
 Elle pousse avec force un long mugissement
 Qui s'élargit au loin sous le bleu firmament.
 Par les monts, par les bois, aux mornes attitudes,
 La clameur se déroule au fond des solitudes,
 Et le vaste univers écoute, soucieux,
 Ce grand cri de la vie épandu dans les cieux.

           Louis Bouilhet
                 ( Les Fossiles)

Partager cet article

Repost 0
Published by Mimi des Plaisirs - dans poésie
commenter cet article

commentaires

Pichenette 28/04/2013 14:16


On ferait lire ça aux enfants en classe... et ils adoreraient la poésie!


Tu imagines: dans les cours de récré, ils s'amuseraient à se faire peur en se récitant des vers...


Je rêve...

Coccinelle 27/04/2013 13:36


Merci Mimi pour cette découverte (de l'auteur), ce texte est impressionnant, quelle imagination, à moins que...


Bon weekend

Etienne 26/04/2013 09:45


Chère Mimi,


J'ai eu, collégien, la chance d'avoir une professeure en fin de carrière qui nous donnait à apprendre des poèmes des " grands" du XIX ème siècle, tels Heredia, Leconte de Lisle , nous donnant
accès à un bestiaire exotique impressionnant; mais jamais de saut dans le temps, comme avec Louis Bouilhet que j'ai pris plaisir à découvrir...


  Ce texte aurait eu pourtant de quoi frapper de jeunes esprits comme le font actuellement les Parcs à thème, mais je pense que l'évocation des mots, le rythme, les effets de cadrage , les
images de ce texte superbe ont une force d'imaginaire inégalable, même à l'époque des effets spéciaux...


  J'ai aimé en effet la composition du poème qui fait émerger, au rythme des alexandrins bien balancés ou soudainement défragmentés, la bête, de ce milieu encore proche de la Genèse, où tout
reste encore un peu mélangé; j'ai adoré la magie de ce vocabulaire luxuriant à la Paul et Virginie; j'ai été frappé par la beauté des postures,comme l'arrêt de la bête "au bruit des vents
lointains" et quelles superbes images:


les yeux "lents et vitreux comme des lunes mortes", sans oublier la vision finale de la bête  poussant un long mugissement, vision hugolienne, fort impressionnante pour de jeunes esprits!


Un beau tableau qui aurait pu inspirer les surréalistes ( mais je ne les connais pas bien...) et  le souvenir des frissons à demi avoués, à  l époque, ("même pas peur!"), d'une
littérature qui n'était pas alors en concurrence avec  l'image.


  Quel talent, quelle force!


Merci beaucoup, Mimi, pour ce texte que vous m'avait fait découvrir.


 A jeudi- poétique prochain,


 


bien amicalement Etienne.

tipanda 25/04/2013 23:35


Forte influence hugolienne.


Amitiés aux deux et quatre pattes.