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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 19:16

  9782226208446.jpg    Shan Sa, connue pour son magnifique  roman, La joueuse de go vient de publier  en juin 2010 aux éditions Albin Michel, un roman captivant au titre étrange: La cithare nue.

Un livre où la musique est le personnage principal et le trait d'union entre les deux personnages dont on suivra la vie mouvementée en huit chapitres alternés. Ils vivent à cent cinquante ans d'écart .
    La femme, fille des Hautes Portes, descendante illustre d'un clan est joueuse de cithare, musicienne d' exception, elle joue divinement sur l'instrument de la poétesse Cai Yan. Elle deviendra l'otage d'un chef de guerre de basse extraction, sa femme, la mère de ses enfants, puis son époux gravissant tous les grades, femme du gouverneur, puis impératrice  de la dynastie Song.  Son époux mort, elle choisit la voie de la pauvreté et de la méditation.
     Lui, Shen Feng, est luthier, enfant trouvé, élevé par un facteur de cithare d'exception.  Le jeune Shen Feng cherche un bois millénaire pour fabriquer une cithare à sept cordes capable de rivaliser en qualité avec la cithare mythique de la poétesse Cai Yan. Voulant honorer une dette d'honneur envers son ami Shu Bao en l'aidant à s'enfuir avec de l'argent pour vivre, il l'accompagne dans sa recherche de trésors enfouis et profane un tombeau du monastère de La grande Compassion. Ils ne ramèneront rien si ce n'est le couvercle de bois du sarcophage, bois précieux pour fabriquer une cithare. Mais il faut au minimum "deux ans pour traiter le bois, six mois pour le sculpter" et le temps presse! Shen Feng reste seul avec la planche. Il la cache, la polit, la découvre, dort contre elle, la façonne. Alors, il connait l'amour: une femme lui apparait, l'enlace. Le fantôme lui parle: "je ne suis pas une femme ordinaire qui garde en elle les émotions des mortelles. Je parcours la terre à la poursuite de la lune. Je murmure avec la forêt. Je suis dans le rêve des oiseaux, dans la respiration des fauves qui chassent. Toi, tu me plais, et pour toi, je veux faire des miracles. toi, l'enfant abandonné, je t'offrirai le printemps éternel..." La  cithare prend forme humaine. La musique, par cette allégorie, est élevée au sublime. Rien, du monde réel, concret, ne peut lui être comparé. Elle crée des mondes, abolit l'espace et le temps, ouvre la porte à tous les rêves, transforme les êtres, même les plus frustres, comme Liu, le guerrier.

      La poésie est la toile de fond de ce roman, Les images délicates, l'évocation du raffinement de la vie de la cour  des Hautes Portes ou le faste de la cour impériale, de la Cité Interdite enchantent .  On se perd dans les corridors , les chambres secrètes, on partage la vie du quartier des épouses et concubines. L'auteur restitue la saveur des mets ou des toilettes compliquées, le bruit des sandales de bois sculpté qui frappent les dalles de marbre, donne à entendre la subtile mélodie des cordes de la cithare, à voir les tableaux qu'elle compose . "Sur le tableau, sans fin le fleuve Yangzi s'allonge et la montagne Force du Nord étend ses sommets et ses vallées.Les toits dorés des temples flottent dans les nuages.Sur un sentier abrupt , la jeune Mère ajoute un jeune homme vêtu d'une tunique blanche. Il porte sur son dos une cithare ..." Elle nous fait suivre le tracé léger du pinceau en poils d'écureuil sur la soie fine. On pourrait presque sentir  aussi, comme sous les doigts  du luthier , la chaleur du bois précieux, suivre les veines colorées et entendre sa résonance sous l'ongle qui le frappe.

Et pourtant!....

      Le roman commence dans le sang et la tourmente, en l'an 400, baigne dans le sang et les carnages, se termine dans le sang et  la mort en 444.
la Chine se déchire dans des combats incessants entre le nord et le sud au cinquième siècle, sous la dynastie Jin de l'Est puis à partir de l'an 420 sous la dynastie Song. Les frontières ne cessent d'être l'objet des convoitises autour du fleuve Yangzi: le sang coule à flots, la barbarie, les pillages, les incendies, les tueries incessantes font le quotidien. La lutte pour le pouvoir ne connaît pas de morale, les crimes fratricides ou les trahisons ne connaissent pas de trève...ou si courtes!
      En l'an 581, celui de l'histoire de Shen Feng, la barbarie a toujours cours et les arts de la poésie et de la musique ne sont plus qu'un vague souvenir. On tue sans scrupule et les exécutions publiques sont un spectacle de choix auquel accourt la ville entière

 La reconstruction de cette histoire compliquée et mouvementée est traitée par Shan Sa avec autant de poésie que l'histoire d'amour et le raffinement des arts qui parcourent le roman. Cette histoire de crimes  atroces devient un poème épique, aux dimensions du mythe et la cithare elle même se met au service de la guerre.
Le dernier chapitre, le neuvième, très court, se passe au XXIème siècle. Rencontre du monde ancien et du nouveau  au coeur de la musique...

 

     Il est parfois difficile de suivre l'Histoire de la Chine médiévale et de s'y retrouver dans les noms des personnages, distincts à un accent près..., de se souvenir des consonances étranges, de comprendre les subtilités de l'art mélodique de la musique chinoise traditionnelle, mais je trouve, pour ma part, que cet obstacle de la langue et de la civilisation est un charme supplémentaire dans la lecture de ce roman. Qu'en serait-il de la construction de cet univers onirique et particulièrement "exotique" de l'Empire du Milieu pour des Occidentaux pragmatiques si la magie du langage et la poésie de ses métaphores ne la soutenaient?

Un bien beau roman , à savourer avec lenteur et délectation...

 Publié en juin 2010 aux Editions Albin Michel, 326 pages
 ISBN 978-2-226-20844-6

 Je réédite cet article dans le cadre de ma participation au challenge

"Des notes et des mots" link créé par Anne.
  Livre Ichallenge-Des-notes-et-des-mots-4

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Published by Mimi des Plaisirs - dans littérature
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commentaires

katherine 13/01/2012 04:01


je l'ai lu aussi, magnifique d'ailleurs il y a une petite phrase qui m'a beaucoup plu et que j'ai noté, cette phrase est sur mon profil facebook


"quand un enfant se blottit contre sa mère, c'est pour s'enivrer de sa tendresse protectrice. Quand une mère prend son enfant dans ses bras, elle embrasse la vie qui bondit dans ses veines et
boit dans son regard l'innocence qui lui fait oublier tous les chagrins terrestres" (ext de la Cithare nue de shan Sa)

Mimi des Plaisirs 15/01/2012 16:20



C'est sûr qu'elle est particulièrement belle et sensible cette phrase et elle est tellement vraie!
 Amitiés de Mimi.



Anis 15/08/2011 10:17



Je me souviens en effet l'avoir lu sur ton autre blog. C'est bien, j'ai encore de la mémoire, semble-t-il!



Mimi des Plaisirs 16/08/2011 15:46



Te voilà rassurée, alors!!!
C'est un livre qui m'avait fait entrer dans une mentalité dont j'ignorais tant qu'il  m'a laissé une empreinte durable...j'ai eu envie de le reproposer.
Amicalement.
Mimi



m'annette 04/08/2011 23:42



je dois le recevoir bientôt, je te tiendrai au courant!


j'ai pas mal de mectures en attente, mais j'aime bien avoir du choix! On n'est pas toujours réceptives aux mêmes lectures selon les moments...


Bises



Mimi des Plaisirs 05/08/2011 21:12



Tu n'as pas perdu de temps pour le commander!...
je fais comme toi, j'aime avoir du choix et je pique dans l'étagère, à ma guise!...
Je te souhaite des heures de lectures passionnantes de toutes sortes!
Bises de Mimi des Plaisirs



pichenette 02/08/2011 17:10



Sur la liste... pour l'hiver peut-être! En ce moment, c'est plutôt peinture! ET préparation de la rentrée littéraire pour le cercle de lecture, notamment!



Mimi des Plaisirs 04/08/2011 19:56



Peinture?... Peinture...? laquelle? artistique?
 Alors , tu travailles, me pendant les vacances?
 Je peine un peu à lire les livres "imposés" pour le prix des littératures européeennes, pourtant valables... mais j'ai un esprit tellement rebelle aux contraintes!....



m'annette 01/08/2011 22:38



il faudrait peut-être que je commence par la joueuse de go...


bises



Mimi des Plaisirs 04/08/2011 19:48



La joueuse de Go te plaira, j'en suis sûre, c'est plus facile et absolument passionnant. c'est une immersion assez aisée dans une autre culture.


Tu as raison de vouloir commencer par celui-ci.
Tu me diras ce que tu en penses, eventuellement?
Très amicalement.
Bises.