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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 16:06

 arundhati-roy.gif  Le Dieu des Petits Riens est l'unique roman publié par Arundhati Roy et il a été salué comme un événement  littéraire à sa sortie en 1997. Il a d'ailleurs reçu le Booker Prize cette même année et a fait depuis l'objet de nombreuses traductions et publications dans le monde entier.
 Il faut préciser que son auteure est connue aussi et surtout peut-être, pour ses engagements politiques et son combat pour le respect des droits de l'Homme. Elle a une formation d'architecte et s'illustre dans le cinéma comme décoratrice et scénariste. Elle a choisi de vivre à New-Delhi.

Il est difficile de rendre compte de l'histoire en quelques lignes tant les ramifications en sont nombreuses, tant les expériences se croisent avec des regards différents, tant les repères temporels changent. En effet, ce livre se présente comme un retissage du passé, comme la patiente reconstitution du puzzle  incomplet  de l'enfance brisée des faux- jumeaux Estha, le garçon aîné de dix-huit minutes et de Rahel, sa soeur. Ils avaient huit ans quand leur vie a basculé et qu'ils ont été séparés à la suite d'une série de drames.
C'est une sorte d'énigme sombre et tragique dont le lecteur détient dès le début quelques indices: une enfant est  morte dans des circonstances mystérieuses, les jumeaux et Vélutha  savaient la vérité mais n'ont rien dit. Estha s'est muré depuis des années dans un mutisme et des rituels dont il ne veut pas sortir, la dégradation s'est glissée partout, la peur aussi lorsque Rahel revient en Inde à trente et un ans pour prendre en charge son frère.
Autour de cette ligne narrative principale se greffent les destins d'Ammu, leur mère divorcée et éprise de liberté, de leur petite grand-tante vieille fille amoureuse à  jamais d'un prêtre irlandais, Baby Kochamma, de leur grand-mère autoritaire et propriétaire des "Conserves et Condiments Paradise", de leur oncle Chacko, de sa fille anglaise Sophie Mol, surnommée par les jumeaux "Aimée depuis Toujours", débarquée pour des vacances du vol Bombay- Cochin et celui de" l'intouchable" et pourtant indispensable homme à tout faire, Velutha. C'est lui " le Dieu des Petits Riens" En une dizaine de jours, leur vie basculera dans le malheur alors qu'elle avait les couleurs du bonheur.
Comme toile de fond, un gros bourg du Kérala qui vit au rythme de la mousson et de ses cancans: Amayemen.
Le contexte historique: l'émergence du communisme dans la communauté des intouchables au début des années 50 qui inquiète fort les tenants de la tradition et de la ségrégation ancestrale par castes. La bourgeoisie chrétienne représentée par les vieilles femmes de la famille Kochamma craint pour ses privilèges et ne pourra pas tolérer l'incartade amoureuse d'Ammu et le clan se vengera atrocement de ce qu'elle considère comme une humiliation insupportable.
L'Inde apparaît dans sa complexité de croyances, de superstitions, de cultes combinés à l'influence anglaise et chrétienne, dans le combat contre la modernité et la prise de conscience du droit à la dignité et à l'individualité pour chacun, intouchable ou non, la peur des naxalites et la hantise d'être dépossédé. La violence des passions s'y déchaîne, torture, anéantit.
 Tous ces aspects sont éclairés par le parti pris narratif: ce sont les enfants de huit ans qui vivent les événements à travers leur sensibilité et à la hauteur de leurs préoccupations ou de leurs jeux . Les attachements pour eux ne se mesurent pas  à l'appartenance sociale ni à l'âge: ils aiment ceux qui les aiment, veulent être aimés (de leur mère surtout), redoutent l'inconnu, sont traumatisés à jamais par le comportement incompréhensible des adultes. Leur regard neuf, pur, les mots qui leur manquent et ceux qu'ils trouvent pour les remplacer, l'humour fréquent et naturel de ces petits entraînent le lecteur dans leur façon de voir les choses. La poésie émaille le texte dans la sensualité âcre ou sucrée des parfums de la nourriture et de la végétation, dans l'évocation de l'eau salvatrice ou mortifère, dans les corps qui se frôlent ou s'unissent. Il y a de nombreuses pages lumineuses, intenses, fraîches comme l'enfance préservée.

 On sort bouleversé de cette lecture: pourquoi tant d'injustice, de vies brisées ? Tant de spontanéité, de tendresse et d'innocence confrontées à la turpitude et à la perversité, Pour quoi? Comment le justifier?
 Ce livre est foisonnant de questionnement mais il n'est jamais dogmatique ni ennuyeux: la langue est riche, variée, pittoresque, les dialogues vifs et les scènes cinématographiques.
  Une bonne et marquante lecture que j'ai effectuée dans le cadre du Challenge "Bienvenue en Inde" lancé par Hilde et Soukee. C'est le deuxième ouvrage que je découvre grâce à ce challenge. Merci de l'initiative!

 Le Dieu des Petits Riens  a été publié chez Gallimard en traduction française pour la première fois en 1998 puis en Folio en janvier 2000. On le trouve maintenant republié en 2009 dans la traduction de Claude Demanuelli, en collection Folio, sous le numéro 3315. 

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Published by Mimi des Plaisirs - dans littérature
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commentaires

callophrys 13/05/2010 21:44



si un livre nous epargne (tout comme un film) c'est que sa valeur est moindre.



gourmandises-et-autres-plaisirsminuscules.over-blo 12/05/2010 19:22



Il semble effectivement faire partie des livres "marquants" qui laissent leur empreinte dans nos vies...



Mimi des Plaisirs 13/05/2010 20:38



C'est vrai mais certaines pages sont assez dures à supporter: à ne pas lire un jour de baisse de forme!



callophrys 10/05/2010 21:59



et............RE!!!!! la Theorie du panda m'attend à la mediatheque. je vais voir s'ils ont celui là ,l'inde m' a toujours fascinee et ce que tu en dis m'incite à le lire.


bonne soiree



Mimi des Plaisirs 13/05/2010 20:21



Attention aux situations un peu dures sur le plan affectif parfois mais y-a-til de la littérature qui nous épargne entièrement?
Amitiés de Mimi