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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 16:32

      Editions "Vents d'Ailleurs"  ISBN: 9 782911 412875 .  mars2011  (140 pages)
    Soleil   www.ventsdailleurs.com
                                               
                                                            Ernest  Pépin est un écrivain majeur de la Caraïbe dont l'oeuvre originale  fait alterner poésie et roman. Enraciné dans sa terre guadeloupéenne, ouvert au monde, il  manifeste un grand humanisme tout en faisant entendre une voix caractéristique, une langue magnifique.

   Il a reçu de nombreux prix littéraires.
  
   LE SOLEIL PLEURAIT est un court roman dont l'empreinte reste longtemps dans la mémoire du lecteur .   Il a quelque chose de magique, ancré dans les mythes, la tradition, l'histoire des petites gens et la grande Histoire de Haïti. Et surtout, on est littéralement emporté, envoûté par la beauté de la langue  du "raconteur" qui nous donne à vivre l'histoire de Marie-Soleil. Sa fille chérie Régina, une belle mulâtresse, a été kidnappée à cause de sa peau trop claire et de ses cheveux blonds pour tirer du père blanc présumé une rançon faramineuse.
     Je reprends, comme la quatrième de couverture, l'incipit qui m'a immédiatement accrochée aux paroles du conteur. Il donne une idée de l'originalité de l'écriture et du point de vue narratif  tout en jetant les bases d'une tragédie:

Quand le malheur ouvre sa gueule de caïman, ses dents sont sans pitié! Pardon pour Marie-Soleil! Miséricorde Seigneur! Qui veut comprendre doit tenter de reconstituer une histoire qu'elle porte en elle comme un boulet de silence. Il faudra piéter des mangroves de choses non dites, récolter des bribes. Sonder l'impénétrable d' Haïti et plonger dans l'obscur. Je ne suis là que pour emboîter des paroles rapportées. C'est mon travail. J'effile ma langue sur des mensonges et je bobine le tout pour obtenir un racontage plausible. Nous savons tous que la vérité est une mendiante. Belle parole n'a pas de maître mais la mauvaise a toujours un visage. Loués soient les raconteurs!"

     Le récit tient en haleine pendant les dix-sept courts chapitres; comment abandonner les recherches de Marie-Soleil, celles du village, celles de chiens même , celles du raconteur qui part sur les traces du mystère de la naissance de Régina? La solidarité qui s'organise, l'extraordinaire amour de la mère Marie-Soleil  sont autant de moments lumineux , qui donnent espoir en l'humanité tandis que les pages montrant l'atroce enfermement de Régina, le cynisme cruel et l'horreur dont sont capables ses bourreaux indignent jusqu'à la nausée.
   Il n'y a pas de manichéisme primaire dans cette histoire mais le tableau d'un monde magnifique  corrompu par l'appât de la richesse, du pouvoir, de l'alcool dans les villes.
    Le poids de la tragédie pèse sur le récit à travers l'évocation des paysages et des habitants: La mer remuait ses mauvais souvenirs. La terre hélait en vain miséricorde. Les femmes et les hommes ruminaient leur silence. Tout semblait à part, vampirisé par une désolation que même les rires d'enfants n'arrivaient pas à conjurer.
   Et par contraste, la beauté de l'île  l'intensifie:
Le paysage changeait souvent. A des fêtes de verdure succédaient des échancrures torturées. A des flancs cassés par l'érosion suivaient les nappes des plaines. Des rivières s'égaraient. On y voyait parfois des lavandières torse nu, courbées au-dessus des pierres. Des plantations surgissaient. Terre et mer se contrariaient. Combat d'odeurs. Des villages rappelaient l'Afrique. Cris des couleurs.
 
    La réflexion politique s'immisce avec le constat du racisme, de la haine envers l' Américain ou les blancs en général, la tyrannie, le chaos, la répression de sinistre mémoire:
Et pour de vrai, les jours suivants on a désinfecté.
Arrestations.
Tortures.
 Assassinats.
 Le colonel Bridart s'en donnait à coeur joie! Il voyait des ennemis partout, y compris dans les berceaux et les cimetières.
 

 

C'est le règne des malfrats, comme les trois ravisseurs de Regina:
Depuis quelques années , ils pulullent à Port-au-Prince. Ils étouffent la ville. A cause d'eux on trouve des têtes tranchées, des hommes hachés, des femmes sans seins, des enfants calcinés.
 Tu caches ta peur. Tu les regardes, apparemment calme, presque déjà morte
. Tu penses à Marie-soleil, à son rire, à ses mains si douces. Tu l'appelles au secours. Tu dois survivre! Comme elle ! Comme Haïti!

  Je serai tentée de voir dans LE SOLEIL PLEURAIT l'histoire métaphorique de Haïti, île de métissage et au delà de la Caraïbe tout entière,
Toutes ces îles, pays d'hivernage tendre, de sécheresse rouge, de cyclone partagé, soudés au piment du soleil, fêtaient le monde en un seul lieu. Un archipel de saveurs et de douleurs. Un archipel des métissages.

  
    Un beau livre, vraiment,  que ce roman d' Ernest Pépin.

  
 
 

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Published by Mimi des Plaisirs - dans littérature
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commentaires

Gourmandise 04/06/2011 18:07



Ernest Pépin est un auteur dont on a parlé un temps sur France Inter et qui m'avait déjà intéressée: il faudrait le mettre en voix, ce texte!


 



Mimi des Plaisirs 05/06/2011 23:24



Excellente idée, mais il faudrait supprimer beaucoup de passages trop denses!



Richard 01/06/2011 16:46



Et oui, tu avais raison ... Beaucoup de similitudes entre ce roman et "Bizango" dont je parle dans ma dernière chronique ...


Assez étonnant !!!


Bonne lecture


Amitiés



Mimi des Plaisirs 05/06/2011 23:07



Merci de ta lecture avisée, Richard.
Je pense vraiment  que ce Pépin  est un très bon conteur et écrivain mais il peut ne pas plaire car il est spécial.
Bises.



pichenette 31/05/2011 22:07



Ton article me donne vraiment envie. Tu le racontes avec tant de verve. J'adore te lire avec tant d'émotion. Je le note en gros pour cet été!



Mimi des Plaisirs 05/06/2011 22:55



Tu ne seras pas déçue: c'est vraiment une écriture à part et le sujet est traité avec une très grande originalité.
J'ai pris ce livre parce qu'Ernest Pépin est un des invités de Littératures métisses la semaine prochaine: il était prévu qu'il vienne à la médiathèque, mais il ne peut pas. Peut-être le
verrais-je au forum officiel...J'ignore s'il s'est désisté seulement pour l'interview....



Le Chaton 31/05/2011 20:56



Que je le lise ensuite ou pas, j'aime bien passé ici pour découvrir de nouveau livres. Bonne soirée, le Chaton



Mimi des Plaisirs 05/06/2011 22:50



Merci de ce message si charmant. A bientôt donc, Le Chaton et bonne semaine!



Cinémartie 31/05/2011 18:42



Bonjour Mimi,


ton article donne envie de lire ce livre d'Ernest Pépin : le sujet est dur mais les passages que tu cites révèlent une langue très belle.


Martine



Mimi des Plaisirs 05/06/2011 22:45



Bonsoir Martine, avec des jours de retard... et merci d'être venue.
Ce livre est une vraie découverte littéraire, je pense que l'on ne peut pas rester indifférent: soit on aime cette écriture, soit on la rejette d'emblée. Si tu as aimé les passages cités, tu
devrais apprécier...
Bonne lecture
 Amicalement. Mimi.