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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 16:11

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     Le roman Les Femmes du braconnier  de Claude Pujade-Renaud a été publié en Janvier 2010 aux Editions Actes Sud. Le livre a fait l'objet de très nombreuses analyses comme en témoignent les multiples entrées sur le Web.  Je vais donc me contenter d'exprimer la relation particulière, extrèmement subjective, que j'ai entretenue avec celui-ci.

Tout d'abord, je n'avais lu aucun des ouvrages précédents de l'auteur et pour celui-ci, j'ignorais alors son succès et les commentaires dont il avait fait l'objet. Par conséquent, ce choix en médiathèque  est le fruit du hasard ou plus exactement, j'ai été attirée par la première de couverture montrant une panthère noire au milieu de roses sur fond rouge. J'ai pressenti un drame, de la sauvagerie et de la beauté. Le cou tendu de l'animal, son élégance et le regard magnétique que l'on perçoit m'ont rappelé la nouvelle de Barbey d'Aurevilly, Le bonheur dans le crime dans le recueil Les Diaboliques. Bon présage,à mes yeux...
Le titre ensuite m'a tentée. Les femmes du braconnier suggéraient une histoire à l'intrigue traditionnelle, trio amoureux, rivalités autour d'un homme incarnant la virilité, l'homme des bois et une force de la nature plus à l'aise avec les créatures sauvages qu'il piège qu'avec les humains, une sorte de Raboliot, peut-être.
Je me suis emparée du livre sans regarder la quatrième de couverture et en pleine campagne, j'ai commencé ce que je croyais un roman au goût de terroir et se déroulant dans une province française.

Il n'en était rien. Le lieu romanesque acquiert une dimension très importante et originale, mais pas du tout celle à laquelle je m'attendais. Il est essentiel autant pour "l'action" que pour comprendre la quête éperdue des personnages et leur rapport de complémentarité ou de fascination.

En effet, on évolue entre L'Amérique et le vieux continent (Angleterre, Espagne), on va de Cambridge à Londres, de forêts denses et mystérieuses aux cages des zoos qui jouxtent des appartements exigus de Greenwood et Court Green, on fréquente des cercles littéraires, artistiques et mondains, la campagne reculée et les hôpitaux ou les cabinets des médecins spécialistes,et autres lieux tout aussi disparates et inattendus. C'est un voyage qui n'a rien de tranquille et on se sent bousculé et entraîné dans une spirale. En effet, les lieux reviennent de manière cyclique mais à chaque fois chargés d'un peu plus de noirceur et de déceptions. Ces mondes où les héros cherchent à installer leur bonheur ou fuir la malédiction qui s'y attache sont alternativement urbains ou ruraux, idylliques ou sordides. Leur particularité est aussi qu'ils accueillent les amours du braconnier, les deux femmes s'y succèdent avec un mimétisme effrayant. J'en ai senti l'ironie tragique insoutenable et fatale.
Certains lieux comme la bauge du sanglier choisie pour une étreinte exaltante et sauvage inoubliable  ou le petit appartement propret décoré de coeurs rouges et peuplé de bébés sont des métaphores parfaitement lisibles de la relation terriblement charnelle du couple puis de sa déliquescence.

J'ai été très sensible aux rapports entre parents et enfants, entre amants, traités à la fois à l'aune de la psychanalyse et de la tragédie grecque ou skakespearienne. La fille veut" tuer " sa mère qui l'étouffe, ne parvient pas à se détacher du père sublimé et mort trop tôt, l'amante marque d'une morsure cruelle son amant en guise de baiser. La rencontre se fait sous le signe du sang menstruel et de la blessure. La chevauchée fantastique avec l'étalon Sam, rite d'initiation et défloration symbolique qui la laisse pantelante et heureuse, fait  présager des exigences que dément son physique rose et poupin de petite jeune fille sans histoire. J'ai retenu beaucoup d'autres détails symboliques dans ce récit, comme le volume relié de cuir velin des oeuvres tragiques de Shakespeare considéré comme le seul bien précieux par le "braconnier", toujours dans sa poche et lacéré sauvagement dans une crise d'hystérie par sa femme qui se croit trompée. C'est l'acte magique qui scelle à jamais la rupture.

Enfin,la structure narrative éclatée en une sorte de kaléidoscope me semble éclairer les aspects les plus secrets et obscurs des personnages tout comme leur vie publique et les rend très attachants.
En fait, je n'ai compris qu'assez tard qu'il s'agissait non pas d'une histoire inventée mais de la biographie romancée de poètes de langue anglaise du vingtième siècle.
Ted Hughes,"une réputation de grand séducteur-sa taille,le magnétisme de sa voix..." "ce fauve qui me traquait...Chaseur animal? Chasseur humain?",c'est lui le poète reconnu et courtisé, le braconnier organisé qui sait tendre ses pièges et ses collets et n'aime rien autant que la liberté et les effluves puissants de son corps et du sang.
Sylvia Plath, la grande poétesse américaine blonde ayant choisi l'Angleterre, celle dont les citations des poèmes émaillent le livre et  la dévoilent sous son jour le plus cru ou ésotérique. Névrosée, dépressive et suicidaire, elle croit avoir trouvé des raisons de vivre avec Ted, le carnassier au rut puissant. Amoureuse affamée de lui, elle semble pourtant tout faire pour le perdre, se trompant de chemin avec ses maternités qui l'alourdissent de corps et la remplissent au propre comme au figuré, lui permettant à la fois d'accoucher d'oeuvres et d'enfants. Trahie par Ted et Asssia, elle lutte puis lâche prise à jamais. A mes yeux, c'est une figure  fascinante et je l'ai découverte comme grand auteur.
Assia Wewill, artiste belle, racée, intelligente et douée, l'amante de Ted me semble la plus grande victime. Condamnée à vivre dans les pas de Sylvia, à respirer le même air qu'elle, à dormir dans son lit auprès d'un amant  marqué à jamais par son fantôme, elle est poursuivie par les Erinyes et meurt, détruite de l'intérieur, comme Médée en emmenant sa fille avec elle.

Le roman, on le voit, je pense, a laissé en moi une forte impression même si j'ai été gênée par cette collusion entre la biographie, la vérité des textes et des situations...et l'imaginaire romanesque qui comble les trous, interprète et organise  la simple existence pour en faire une destinée tragique. Mais je le sais, c'est la loi du genre!

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Published by Mimi des Plaisirs - dans littérature
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commentaires

Nina 25/04/2010 22:43



J'ai lu il y a quelques années "les écritures mêlées" une autobiographie écrite à 4 mains avec son compagnon Daniel Zimmermann je devais le lire pour le présenter à un club lecture. J'ai un
mauvais souvenir de ce livre. une description de l'intimité à l'extrême et un peu malsaine, un besoin de raconter tout et n'importe quoi, j'avais trouvé la description de la vie universitaire à
partir de 68 intéressante mais malheureusement noyée dans un fatras de détails sur leurs propres vies bien inutiles. Du coup je n'ai plus jamais lu un livre d'elle !!!



Gourmandise 24/04/2010 11:19



excellente chronique, vivante et alléchante comme d'habitude. Un livre à lire sur une chaise-longue, pas la nuit... mais tu m'as donné envie de le découvrir.



callophrys 22/04/2010 22:21



A mettre de cote pour le moment...mais à ne pas oublier


merci..



mimi des plaisirs 22/04/2010 15:16



Callophrys,


Certes, c'est un livre riche mais il  est très pessimiste et laisse une forte empreinte. A toi de voir...Mimi



callophrys 22/04/2010 00:04



tu ecris bien,tu alleches sans trop devoiler...tu me tentes....