Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de lesplaisirsdemimi.over-blog.com
  • Le blog de lesplaisirsdemimi.over-blog.com
  • : Plaisirs de la vie, de l'esprit, moments forts ou joies simples qui donnent du prix à l'instant ou qui se gravent dans le temps.
  • Contact

Recherche

Archives

6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 20:43

 

 confiant-mamzelle-libellule.jpg"Mamzelle Libellule est un roman passionné, porté par le souffle des Antilles.
 Le roman d'une jeune fille indocile et courageuse par l'un des maîtres de la créolité"
 
   Ces deux phrases lues en quatrième de couverture  du roman de Raphaël Confiant qui s'était trouvé par hasard sous mes yeux, m'avaient décidée à en faire l'acquisition.
Je ne l'ai pas regretté: ce livre m'a entraînée dans les mornes de la Martinique, au coeur des plantations ou des bidonvilles de Fort-de-France, bien loin des images touristiques enchanteresses des Antilles. Il m'a amenée à côtoyer des personnages meurtris mais aussi attachants que pittoresques, doués par la plume de l'auteur d'une humanité et d'une présence extraordinaire . Leur histoire, portée par une écriture imagée au rythme vigoureux, je ne suis pas prête à l'oublier...

    Le sujet du roman est simple: la vie d'une jeune paysanne martiniquaise dont la mère, croyant la sauver de la misère d'une vie éreintante et soumise comme la sienne , l'envoie vivre à la ville chez sa tante. L'existence dorée n'était qu'un mirage et l'apprentissage sera dur...
   Il est clair que j'ai aimé suivre Adelise, la jeune créole, " un beau brin de câpresse", plongée dans un univers où les conditions d'existence  sont rudes  et la condition des humbles et des filles, des femmes, catastrophiques.
   Fille de la misère, fille de la canne à sucre , elle est devenue fille de la boue du morne Pichevin, un quartier des hauts de la capitale, confrontée à l'humiliation, obligée de donner ou de vendre son corps pour survivre, Entourée d'êtres aussi misérables qu'elle, Adelise a en elle l'énergie de résister, de rire, de croire un moment en l'amour même si elle connaît tout le malheur du monde: le viol, la misère noire, la prostitution, la trahison, la souffrance de la maladie et de la perte des êtres aimés et de l'enfant qu'elle porte...Autour d'elle, la même vie sans grand espoir, mais quelle solidarité entre ces malheureuses femmes qui partagent le même sort, quel courage, quelle joie parfois!
  Les hommes, rarement sobres, boivent , s'enivrent , s'écroulent, deviennent violents, obsédés de sexe, s'engagent dans des règlements de compte entre bandes rivales ou dans des émeutes politiques sanglantes.
Et au milieu de ce tourbillon, Adelise surnage, se réfugie dans son imaginaire poétique, auprès de "son" arbre dont elle garde le secret souvenir. Un arbre au nom inconnu qui lui a apporté , enfant, la tendresse et la douceur dont elle manquait, quand elle entourait son tronc de ses bras. Ses fleurs, comme des bonbons sucrés, avaient le pouvoir de lui donner du bonheur... Elle s'épanouit miraculeusement dans la danse  qui la transporte lors du carnaval:Je sentis une sorte de douceur me saisir par la peau du crâne et puis me caresser tout le corps plus savamment que n'importe quel doigt d'homme. Mon esprit s'échappa dans le lointain de Miquelon et mes jambes devinrent légères, légères, légères.

Elle reste profondément libre au sein d'une société blanche oppressive, riche et raciste.
  L'histoire est écrite en 1987 et Rafaël Confiant dresse un tableau accablant de cette époque où le maire est encore le grand Aimé Césaire dont le " beau français "cloue d'admiration Adelise et le peuple. Cela lui faisait plaisir de voir un nègre bon teint manier la langue française avec tant d'habileté. Ah! les blancs-France n'avaient qu'à bien se tenir face à lui! (..) La belleté de son français les avait déjà par trop étourdis et au lieu de se mettre à réfléchir aux démonstrations que leur faisait le leader, ils se laissaient douciner par sa parole comme s'ils avaient été assis sur une balançoire.
 
Ceux du morne Pichevin n'ont guère de conscience politique et encore moins de pouvoir et se retrouvent éternelles victimes...

 Mais je crois que ce qui m'a le plus retenue dans cette lecture, c'est la prose de Raphaël  Confiant: la saveur de cette langue créole restituée par la traduction  effectuée par l'auteur lui-même.
  Le principe narratif est bien choisi.  Les chapitres alternent  narration à la troisième personne, distanciée, centrée sur les évènements et les chapitres à la première personne où l'on entre dans l'intimité d'Adelise , dans ses réflexions et rêves,  où l'on partage ses émotions.


  L'auteur: Né en 1951 en Martinique, Raphaël Confiant est l'auteur de plusieurs romans en langue créole entre 1979 et 1988. Son premier roman en français ,  "Le Nègre et l'Amiral "(Grasset), en 1988, obtient le prix Antigone et le second "Eau de café", le prix Novembre en 1991.  Il est co-fondateur avec Chamoiseau du mouvement littéraire de la créolité.

 Le livre est relativement ancien: il a été publié pour la première fois en langue créole  en 1987 puis traduit par l'auteur.
  Je l'ai lu dans sa dernière édition:  Groupe Privat/Le Rocher, 2007, collection Motifs n°110;
 N° ISBN 2 -84261-212-4

Partager cet article

Repost 0
Published by Mimi des Plaisirs - dans littérature
commenter cet article

commentaires

Isa 31/07/2011 18:08



J'ai juste entendu parler de cet auteur mais je ne l'ai jamais lu. Ton billet donne très envie de le découvrir.



Mimi des Plaisirs 04/08/2011 19:30



Merci de tout coeur pour ton message, Isa. Pour moi aussi, ce livre a été une totale découverte...pris au hasard, pour le titre!
le livre est court , original, intéressant: je pense qu'il te plaira. Tu me diras?
Amicalement.



Gourmandise 10/07/2011 19:06



A emprunter donc...



Mimi des Plaisirs 11/07/2011 13:14



Il t'attend, si tu veux le prendre pour les vacances...Cela te fera voyager à moindre frais!



Anis 07/07/2011 11:00



Pour qui connaît les Antilles françaises, le temps de la colonie est passé mais les relations entre les hommes et les femmes sont toujours, à mon avis, aussi difficiles. J'ai lu Confiant,
Chamoiseau, mais j'avais trouvé leurs romans difficiles d'accès, par la construction et la langue surtout même si le mouvement littéraire et la démarche à travers la langue sont intéressants.
Peut-être est-ce une occasion de reprendre la lecture de cet auteur. Mais j'ai vu qu'il a abandonné le créole pour revenir au français.



Mimi des Plaisirs 11/07/2011 12:41



Je ne suis pas étonnée par ce que tu me dis: les mentalités mettent du temps à évoluer, même si les structures officielles changent. J'ai lu ce livre en ayant le sentiment qu'il était encore
assez d'actualité, au vu des articles ou des reportages sur les Antilles que j'ai vus.

Ce livre est facile d'accès car il est traduit, tout en gardant le charme des expressions locales . Les autres, en VO créole, je ne les lirai pas, cela me semble une entreprise vouée à l'echec,
car trop difficile. Les livres récents, je ne les connais pas.
 A bientôt, Anis.



pichenette 07/07/2011 09:02



L'extrait que tu as choisi est vraiment bien et je comprends ton coup de coeur pour la plume de Confiant. Une langue chatoyante.



Mimi des Plaisirs 11/07/2011 12:30



Alors , pour le plaisir, je t'offre un autre extrait.
La mère d'Adelise ( elle  a 14 ans !) l'amène à un sorcier, un "quinboiseur", pour chasser la désenvoûter:
"Elle habilla également Adelise, la jucha sur son dos et la charroya dans la noirdceur encsorcel"e de la nuit, en chantant un chanter d'église en latin afin qu"'aucun diable ne vienne
contrecarrer leur procession. Une rousinée de pluie s'était mise à frapper les bajoues du ciel."
La scène de vaudou est extra, mais à toi de la lire!...



m'annette 06/07/2011 22:26



a noter qu'on le trouve en poche à la FNAC..



Mimi des Plaisirs 11/07/2011 12:16



Merci de la précision , bien utile pour des lecteurs potentiels.
  Dans l'édition que j'ai donnée, il coûte 5, 64 euros.
A bientôt, m'annette pour d'autres partages.