Partager l'article ! Nury Vittachi: "Shanghai fengshui" (traduit de l'anglais-Hong-Kong): Suivre une enquête policière palpitante à Shanghai ...
Les Plaisirs
de
Mimi

Suivre une enquête policière palpitante à Shanghai avec le maître de fengshui, Wong, flanqué de son assistante Joyce,"l' européenne", c'est aussi l'occasion de découvrir la ville, ses
quartiers, sa vie grouillante, son fleuve Huangpu, ses bâtiments officiels, ses commerçants, ses fonctionnaires, ses artères , ses modes de vie, sa gastronomie...
Maître Wong et Joyce doivent quitter précipitamment leurs bureaux pourtant choisis pour leur bon fengshui (!..) Les démolisseurs sont à l'oeuvre sur ordre venu
"d'en haut". Qu'à cela ne tienne!... Ils partent chacun de leur côté avant de périr sous les décombres. Wong est invité à un dîner d' exception pour goûter au menu le plus excitant de
Chine proposé à des adeptes du frais à outrance par un chef français. Wong a choisi le lieu en sa qualité d'expert en fengshui et doit toucher une somme exorbitante pour ses travaux
.
Joyce,elle, rejoint son petit groupe d'amis à un restaurant végétarien dirigé par une vétérinaire Linyao: elles doivent confectionner des repas rigoureusement végétaliens pour d'
étranges congressistes dont le chef est Véga et le but officiel, le bien-être des animaux en Chine.
L'histoire se corse quand, au même moment, la fille de Linyao est enlevée et que ses ravisseurs exigent d'elle, en échange de son enfant, son badge qui permet d'accéder aux
écuries municipales de Shangai. S'engage alors un jeu de piste pour retrouver l'enfant. Sinha, voyant et ami de Wong l'assiste et par un jeu d'observations et de déductions sidérantes de logique
parviennent à leurs fins, retrouvent le local des ravisseurs.
Pendant ce temps, une attaque d' une rare violence a lieu au cours du banquet. Maître Wong et Joyce, venue l'avertir d'un danger imminent en rapport avec le rapt, deviennent
otages- prisonniers, promis à des morts atroces et "exemplaires".
Ils en apprennent assez pour comprendre qu'un complot vise à assassiner les présidents chinois et américain lors du gala donné dans quelques heures à peine au Grand
Théâtre de Shangai, celui qui ressemble à un bol tenu vers les cieux.
Ils parviennent à s'évader et débute une autre folle équipée, haletante, rythmée par le compte à rebours . C'est rocambolesque en diable, inventif, sans temps mort.
Ils se retrouvent à six, conjuguant leurs efforts physiques, faisant fonctionner leurs neurones en surpuissance, poursuivis par les deux polices secrètes sur le pied de guerre
et trimballant un éléphant blanc moribond qui porte dans ses entrailles une bombe capable de changer la face du monde. Ils tombent au milieu d'un gigantesque embouteillage qui entrave leur
progression. La ville est complètement paralysée et pourtant, il faut évacuer la bête loin de la ville si l'on veut éviter un massacre. Heureusement le maître de fengshui est là et surtout le
solide bon sens de l'ami déménageur de Joyce... et aussi...mais je ne veux pas trop en dire!
L'histoire ne peut que se terminer sans trop de dégâts puisque Historiquement, il n'y a pas eu d'assassinat de présidents à Shangai...L'intérêt est tout entier dans cette
traversée de la ville.
Le lecteur est entraîné dans un road-movie haletant. Les révélations sur les systèmes politiques, policiers et terroristes sont présentées avec un éclairage inédit et un humour
décapant. La satire s'exerce avec efficacité et on ne s'ennuie jamais à suivre les péripéties de cette histoire en compagnie de plusieurs groupes de choc fort éclectiques issus des cinq
continents et acculés au problème du temps qui s'écoule inexorablement...
Dooley recula d'un pas et leva le bras droit. Quatre agents derrière lui sortirent leur arme et la braquèrent sur la Chinoise.
Les sourcils de l'agent des Services Secrets s'élevèrent. Qu'est-ce-que c'était que cette histoire ? Une jeune routarde occidentale droguée qui évoquait vaguement la menace d'une bombe
n'avit aucun poids-mais un authentique aveu de la part d'une chinoise bilingue d'une trentaine d'années, calme, visiblement intelligente: voilà qui nécessitait d'être pris au sérieux.
"Alors là, on ne rigole plus, dit-il. je veux que vous sachiez quelque chose , Mesdames. Bien sûr, poser une bombe quelque part est un crime majeur. Mais rien que prétendre l'avoir
fait, est également une offense de taille , selon moi, que ce soit vrai ou faux. Capisce? Vous dépassez les bornes."
Comment vont-ils sauver leur peau, sauver l'équilibre du monde, rester fidèles à leur idéal avec une bombe nichée dans un éléphant sur le point d'exploser? Et il est impossible
de laisser mourir l'éléphant blanc!
Non, c'était la mort de l'éléphant qui provoquerait l'éruption d'une montagne de mauvais karmas aux proportions incalculables. En matière de karma, la taille comptait. Tuer une
bactérie n'était rien. Tuer un oiseau ou un animal de taille moyenne, à moins que ce ne fût pour se nourrir, n'était pas formidable. Tuer un éléphant serait terrible. Et un éléphant blanc! Un
symbole de longévité. De perfection. De royauté. Tuer un éléphant blanc après l'avertissement qu'il avait reçu le matin précédent- ce n'était pas envisageable.
Le roman pourrait être la base d'un fort bon scénario pour un film d'aventures sur fond géopolitique et sociologique. Il respecte la règle des trois
unités de la tragédie classique: unité de temps ( quelques heures); unité de lieu : un huis-clos (la ville -prison); unité d'action ( la bombe, éclatera ou éclatera pas?) et la tension dramatique
ne fléchit pas un instant.
Pour ma part, j'ai aimé, outre l'intrigue, cette immersion dans le Shangai moderne aux prises avec ses contradictions entre ses traditions séculaires, la philosophie chinoise classique, sa
modernité et son gigantisme. Les personnages ont des caractères bien trempés, le choc des cultures est réjouissant et instructif, balaie des idées reçues.
Cerise sur le gâteau, les anecdotes de la Chine antique rédigées par Wong ouvrent certains chapitres et éclairent ironiquement l'agitation du récit romanesque.
Tout le système dynamique de la narration pourrait être celui-ci:
Mais que se passe-t-il lorsque l'énergie yang atteint sa limite extrême? Il devient tranquillité. La tranquillité s'accroît. Mais que se passe-t-il lorsque la tranquillité atteint sa
limite extrême? Elle devient activité. Ainsi le yang se transforme en yin , et le yin en yang. Chacun est la racine de l'autre.
Editions PICQUIER poche (2007) 434
pages.
ISBN: 978-2-87730-946-2
Traduit par Cécile Leclère.
Ce roman est le premier lu pour le challenge " Dragon d'eau 2012" proposé par Catherine du blog" laculturesepartage.over-blog.com"