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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 09:14

   Lu dans la chaleur d'une nuit d'été, ce poème de Yves Bonnefoy au si beau titre " Dans le leurre des mots" dont j'ai aimé l'évidente beauté.

 Il est composé de deux parties : "C'est le sommeil d'été..." et "Et je pourrais..."

 A lire dans son intégralité pour en goûter toute la subtilité et la portée, il est déjà séduction pure dans les trois premières strophes que voici:

                              I

       C'est le sommeil d'été cette année encore,
       L' or que nous demandons, du fond de nos voix,
       A la transmutation des métaux du rêve,
       La grappe des montagnes, des choses proches,
       A mûri, elle est presque le vin, la terre
       Est le sein nu où notre vie repose.
       Et des souffles nous environnent, nous accueillent.
       Telle la nuit d'été, qui n'a pas de rives,
       De branche en branche passe le feu léger.
       Mon amie, c'est là  nouveau ciel, nouvelle terre,
       Une fumée rencontre une fumée
       Au-dessus de la disjonction des deux bras du fleuve.

        Et le rossignol chante une fois encore
        Avant que le rêve ne nous prenne,
        Il a chanté quand s'endormait Ulysse
        Dans l'île où faisait halte son errance,
        Et l'arrivant aussi consentit au rêve,
        Ce fut comme un frisson de sa mémoire
        Par tout son bras d'existence sur terre
        Qu'il avait replié sous sa tête lasse.
        Je pense qu'il respira d'un souffle égal
        Sur la couche de son plaisir puis du repos,
        Mais Vénus dans le ciel, la première étoile, 
        Tournait déjà sa proue, bien qu'hésitante,
        Vers le haut de la mer, sous des nuées,
        Puis dérivait, barque dont le rameur
        Eût oublié, les yeux à d'autres lumières,
        De replonger sa rame dans la nuit.

        Et par la grâce de ce songe que vit-il?
        Fut-ce la ligne basse d'un rivage
        Où seraient claires des ombres, claire leur nuit
        À cause d'autres feux que ceux qui brûlent
        Dans les brumes de nos demandes, successives
        Pendant notre avancée dans le sommeil?
        Nous sommes des navires lourds de nous-mêmes
        Débordants de choses fermées, nous regardons
        À la proue de notre périple toute une eau noire
        S'ouvrir presque et se refuser, à jamais sans rive.
        Lui cependant, dans les plis du chant triste
        Du rossignol de l'île de hasard,
        Pensait déjà à reprendre sa rame
        Un soir, quand blanchirait à nouveau l'écume,
        Pour oublier peut-être toutes les îles
        Sur une mer où grandit une étoile. (...)

                            Yves Bonnefoy-1923-

         ( Le leurre des mots, publié dans le recueil Les planches Courbes - 2001)
                    Ed. Poésie/ Gallimard-2005

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Published by Mimi des Plaisirs - dans poésie
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commentaires

www 04/08/2013 11:50


C'est magnifique!

Mimi des Plaisirs 23/08/2013 17:46



Un grand merci pour ce partage de l'enthousiasme



Etienne 26/07/2013 09:22


Chère Mimi,


"Le leurre des mots", " l'or"  et" la transmutation des métaux du rêve", c'est en effet l'ambition de ce superbe texte qui vaut surtout pour la magie de sa langue et par l'image ,forte 
d'Ulysse dans notre imaginaire collectif.


J'ai aimé  cette métaphore des " navires lourds de nous-mêmes" et de cette "eau noire ", à notre proue", qui s'ouvre presque et se refuse : quelle belle image de la destinée humaine!


Amitiés, Etienne.

Mimi des Plaisirs 23/08/2013 17:17



Ce sont ces expressions qui m'ont le plus "interpellée"moi aussi. "Les navires lourds de nous-mêmes", quelle magnifique image!mais comme elle donne envie d'en secouer le joug!



tipanda 11/07/2013 10:29


Le sommeil est justement ce qui survient à l'énoncé des soirs où l'écume blanchit...


Bises à toi et caresses à Fil de Soie.

Mimi des Plaisirs 11/07/2013 18:10



C'est l'obscurité qui tombe des étoiles, alors?
 A plus!