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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 14:17

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       Un décor unique: un hammam, le jour des femmes, à Alger.
       Une époque: celle de la fin des annnées noires, vers 1990. Des bombes éclatent encore de temps en temps, des attentats rythment le cours des semaines, le fanatisme rôde, l'intégrisme règne en maître.

       Elles sont neuf femmes d'âge et de conditions différentes qui sont ici pour prendre soin de leur corps. Elles se lavent, se frottent longuement pour adoucir la peau, s'enduisent d'huiles et de crèmes, jouissent du bien-être de cette parenthèse dans leur quotidien. C'est très sensuel et apaisant.
       Dans cet espace de liberté, loin des hommes et de la censure, elles osent être elles-mêmes.
       La mise en scène, faite par un homme Fabian Chapuis,  inspirée et très sobre joue des lumières pour montrer ces corps à demi -dénudés, marqués par leur jeunesse ou leur maturité. Ici, on ne ment pas.

       Donc, elles parlent beaucoup  d'elles, des autres femmes, échangent des secrets refoulés, confrontent leurs points de vue et leurs expériences des hommes, du mariage imposé, du sexe, de l'amour. Elles  rêvent de la libération sociale ou la craignent,  confient  la violence faite à leur corps ou leur emprisonnement affectif. Il est question de religion, de dogme, de politique, de corruption, de misère et d'espoirs déçus. Pendant ce temps, accueillie par la masseuse en chef une jeune fille désespérée, sur le point d'accoucher se cache dans une pièce à l'arrière pour échapper à la mort promise par son frère.
      Virevoltant et jacassant sans cesse, une toute jeune fille, obsédée par l'amour et surtout le mariage qui lui permettra de se caser, donne un contre-point tragi- comique  à la  discussion. Elle, elle vit encore de rêves et refuse d'entendre le discours de celles qui savent et prédisent l'oppression des hommes. Victime en devenir...

      Les propos sont francs, crus, souvent drôles, ironiques, graves parfois et on sent l'intelligence de ces femmes, opprimées mais rebelles au fond d'elles-mêmes contre les lois iniques qui les soumettent.  Elles rient  beaucoup cependant, et nous, spectateurs ou lecteurs, nous rions volontiers avec elles.

Plus sérieusement, elles cherchent des ripostes à cet état de fait: certaines prennent l'option courageuse du divorce et de la liberté assumée, d'autres choisissent  de leur plein gré la soumission au voile, à la tradition pour obtenir le respect des hommes, se faire accepter par la communauté, échapper à la honte, d'autres envisagent l'exil, d'autres se contentent d'une échappatoire dans la catharsis des mots échangés au hammam....

       La fin est violente, tragique: pourrait-il en être autrement?

  Une pièce forte, qui fonctionne très bien et sait toucher le public; une pièce qui a les accents du vécu et ouvre sur la réflexion et la prise de conscience. "C'est aux femmes d'engendrer l'évolution et de se défendre." (Rayhana)


  La pièce  a valu à son auteur d'être aspergée d'un produit inflammable sur lequel on a jeté un mégot  à deux pas de la salle de spectacle parisienne où elle était jouée cet hiver. Les représentations se poursuivent depuis dans toute la France et à Paris à l'automne et son adaptation cinématographique est prévue.
  Rayhana a quitté son Algérie natale pour la France depuis plusieurs années. Elle a eu une formation aux  Beaux-arts puis elle est devenue comédienne, metteur en scène. Elle a reçu de nombreux prix.
  La pièce: "A mon âge je me cache encore pour fumer" est sa première pièce écrite en français

 Le texte est disponible aux Editions: Les cygnes (11 euros)        ISBN: 978-2-915459-62-3

  Une interview de Rayhana très intéressante figure dans le numéro 61 de la revue Muze, nouvelle formule d'octobre-novembre- décembre 2010. Il y a aussi des photos de la pièce et de Rayhana.

      

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Published by Mimi des Plaisirs - dans littérature
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commentaires

pichenette 09/11/2010 21:24



Tu sembles avoir été vraiment marquée par cette pièce; tu lui rends hommage. 



Gourmandise 26/10/2010 08:55



Sur scène, cela devait être poignant. J'aurais aimé être de la partie. Sais-tu si d'autres dates sont prévues dans la région?



Mimi des Plaisirs 31/10/2010 22:18



C'était poignant effectivement, mais toujours le rire venait à un moment rendre la pièce plus légère:il faut cela, sinon ce ne serait pas supportable.
Hélas, il te faudra aller à Paris , je crois. Ici, c'est fini.
Mais d'autres belles choses  sont prévues: un Guitrybientôt...



Anis (La librivore) 22/10/2010 21:43



C'est une expérience très forte que tu nous livre-là, un très beau texte pour cette communauté, tant il est vrai que la vigilance est de mise face à la violence, et cette communauté se voulait
d'abord cela , simple veilleuse, petite lumière virtuelle. Merci.



Mimi des Plaisirs 31/10/2010 22:06



Je te remercie pour ta fidélité et ton intérêt. Comme tu le dis, c'est une question loin d'être résolue que celle de la violence, car même si la pièce est censée se dérouler, il y a quelques
années, aujourd'hui tout est loin d'être réglé, comme en témoignent les réactions à sa représentation.
Ceci dit, indépendament du "message", la pièce est bien faite et les dialogues sont savoureux.