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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 16:23

   Stabat-mater-Scarpa.jpg En 1703, Cecilia est pensionnaire depuis seize ans de l'Hospice de la Pietá  de la République de Venise. Âgée de deux ou trois jours , elle a été déposée dans le tour de l'orphelinat tenu par les religieuses, sans nom, sans signe distinctif autre que- elle le découvrira une fois adolescente- une moitié de rose des vents de papier. Deux morceaux incomplets. Chacun tend vers la moitié manquante, on sent le manque, le désir, la haine.

   De tempérament farouche et solitaire,(Existe-t-il au monde une personne moins seule que moi? (..) Je suis un métal chauffé à blanc qu'on a plongé dans l'eau, ma solitude est en acier), elle vit surtout dans son imaginaire. Il est peuplé de créatures cauchemardesques et familières: une "tête aux cheveux de serpents" qui lui a promis de rester près d'elle dialogue avec elle. Cette créature est, sans aucun doute, l'allégorie de la mort qui l'attire vers le néant.   Insomniaque , elle échappe depuis toujours à la vigilance et la nuit va se cacher en haut d'un escalier . Ici, elle écrit à sa mère, inlassablement:
  Madame Mère,je vous écris dans le noir, sans chandelle, sans lumière, sur la table de mes genoux (..)Dans ces mots, toutes les nuits , je viens vous rendre visite. Vous ne me voyez pas , mais mes yeux grands ouverts vous regardent.
 Madame mère, y êtes-vous? Existez-vous en quelque lieu? Êtes-vous encore vivante? L'avez-vous été ? Est-ce à un fantôme que j'écris?
 J'examine le mot maman, l'examine encore, le récris pour le comprendre, l'étends, l'étire de tous les côtés jusqu'à le déchirer, maman. Je n'ai pas d'autre moyen de vous comprendre.
  Elle lui confie son initiation douloureuse et traumatisante des mystères de la vie et de l'enfantement, ses réflexions sur la maternité. Vous n'avez pas accouché de moi en m'expulsant de votre corps , mais en m'introduisant dans cet édifice.
   Une institution qui assure essentiellement  la formation musicale de celles qui ont le plus de dispositions pour le chant, l'instrument, l'harmonie. Très douée, Cecilia excelle au violon et fait partie de l'orchestre qui se produit régulièrement dans l'église, dans les tribunes, à plusieurs mètres de l'assistance venue  écouter.  Les musiciennes sont invisibles au public. Nous sommes des fantômes qui soufflent une vie impalpable(...) Nous diffusons de la beauté: l'artifice de la musique masque notre affliction.
   Pour elles, des maîtres de musique composent de la musique sacrée : longtemps ce sera don Giulio dont la créativité s'épuise avec l'âge . Il est remplacé par un drôle de prêtre roux don Antonio, maître de violon et de composition. Il écrit des oeuvres spécialement pour les pensionnaires. Ses morceaux secouent la torpeur du couvent, enflamment les musiciens et ravissent le public. Ses méthodes sont novatrices, il fait confiance à l'originalité de Cecilia, l'initie par le biais de sa musique aux beautés du monde sensible, recrée les Saisons et leurs couleurs par le jeu des sonorités, oblige les jeunes filles à se surpasser, imaginer le "dehors" qu'elles  ignorent.
 Nous donnons à croire que nos violons sont autre chose, des paysages, des animaux, des bruits, et  même d'autres instruments, et même d'autres violons molestés par des paysans en goguette qui en jouent mal et les font grincer en sautant d'un pied sur l'autre.
  Nous sommes la tempête, la bourrasque se déchaîne, nous dévastons, nous pulvérisons le beau temps!

    Vivre par la musique une heure, en jouant corps et âme(...) vivre en une heure tout ce qui peut arriver à un être humain, Cecilia  découvre cette volupté. Vivaldi plaît, l'argent afflue, les portes  de la célébrité s'entrouvent et Antonio voudrait garder Cecilia près de lui, lui écrit un oratorio mais la jeune fille le fuit, s'échappe pour vivre enfin ce que la musique lui a révélé: la passion.

  J'ai beaucoup aimé ce roman. Après avoir un moment été dérangée par le parti- pris narratif (dialogues intérieurs, ruptures du récit, répétitions, lenteurs, scènes hyper-réalistes ou subtilités intellectuelles ou musicales), je me suis laissé entraîner à écouter cette parole.  J'ai en définitive lu le livre comme une partition de concerto avec ses tempos et ses changements de rythme, ses solos magnifiques. J'y ai trouvé de l'émotion, de la sensibilité, j'ai frémi au destin de cette orpheline de fiction envahie par le démon de la musique, j'ai cotoyé avec plaisir le mythique Vivaldi ressuscité dans sa fougue de jeunesse et vibré à ces concerts , même à ceux qui n'ont eu lieu que dans la tête.
 Mon corps est silencieux, mais mon esprit dans mon corps résonne...

 Tiziano Scarpa  a reçu le prestigieux prix STREGA pour ce roman écrit pour célébrer le génie de Vivaldi auquel il voue une très grande admiration. Il avoue à la fin du livre des anachronismes volontaires, comme celui des concertos des  Saisons, qui n'ont pas été écrits à ce moment de sa vie mais cette liberté enrichit la fiction romanesque de l'impact sensible qu'elle provoque chez le lecteur  familiarisé à cette oeuvre.
  Il avait d'abord choisi un titre en rapport avec les oeuvres de Vivaldi mais le" Stabat Mater" qu'il lui préfère, oeuvre aussi de Vivaldi, met en relief, selon moi, la part romanesque dévolue à la souffrance sacrée de la mère qui doit abandonner son enfant et à celle de l'enfant séparé(e) de sa mère. Le roman gagne ainsi une intériorité plus forte, résonne en chacun.

 
 Ce court  roman de 136 pages  a été écrit en 2008, traduit de l'italien par Dominique Vittoz en 2011 et publié aux éditions Christian Bourgois ( ISBN: 978-2-267-02152-3)

 Ce livre est le 2ème publié pour le  challenge "des notes et des mots" challenge-Des-notes-et-des-mots-4 initié par Anne (http://desmotsetdesnotes.over-blog.com), le premier pour son challenge, "Voisins-Voisines" (même adresse)  Logo-Voisins-Voisines-Calibri-noir-cadre-blanc.jpg

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Published by Mimi des Plaisirs - dans littérature
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commentaires

Anne 08/02/2012 23:25


Au fait, j'ai déjà noté le lien dans Voisins voisines, tu n'as plus qu'à mettre le logo (et le challenge est réussi avec un seul titre...)

Mimi des Plaisirs 09/02/2012 12:33



Très rapide et très  sympa!!! Merci pour cette entrée dans le challenge!
 Amicalement et à bientôt.
 Mimi des Plaisirs



Anne 08/02/2012 23:22


Pourquoi pas, à l'occasion, si je croise ce livre à la bibli ? Venise et Vivaldi, ça ne se refuse pas. Et tu peux y mettre le logo Voisins voisines, comme te le conseille Catherine ;-)

Mimi des Plaisirs 09/02/2012 12:31



Oui, c'est un livre agréable et instructif  à emprunter: c'est ce que j'avais fait d'ailleurs...
 Le logo, je viens de l'ajouter. Merci Anne.



pichenette 08/02/2012 21:41


Je crois qu'il est dans ma bibliothèque tournante. Si c'est le cas, je reviendrai t'en parler!

Mimi des Plaisirs 09/02/2012 12:26



C'est quoi cette bibli "tournante"?
 J'attends donc ...



mansfield 08/02/2012 18:14


Un très beau commentaire, on sent que ce livre t'a touché, émue et qu'il a remué quelque chose au fond de toi. Bien raconté.

Mimi des Plaisirs 09/02/2012 12:24



Pour ce livre j'ai laissé "décanter" avant de faire l'article. Je n'ai donc abordé  que ce qui avait laissé une trace en moi.
 Merci de ton message et de ta visite, Mansfield et bonne journée.



yg86au fil des jours 08/02/2012 17:34


Ce livre me parait très intéressant et par ces temps de neige et de froid il fait bon lire. En plus j'aime beaucoup Vivaldi.


Je te souhaite une bonne soirée. Bisous

Mimi des Plaisirs 09/02/2012 12:20



C'est un bon moment de plaisir à prendre sans regret! Bonne lecture si tu  trouves le roman à la bibli et tu peux accompagner les pages sur" les Saisons" en les écoutant en même
temps!...C'est super
 Bonne journée frisquette mais... ensoleillée!