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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 14:47

9782742756513.gif Livre choisi comme une gageure.
Un livre qui parle de mathématiques, qui vante la beauté des nombres premiers et s'attendrit sur les" nombres amis", développe des démonstrations, inscrit des théorèmes, des figures et  des suites de nombres dans la narration, à priori n'a rien d'engageant pour une amoureuse des mots! Je l'ai ouvert "pour voir", pour aller vers des écritures différentes, des sujets ardus. Je me suis demandée aussi comment on pouvait écrire sur l'abstraction absolue, celle des concepts mathémathiques, j'ai voulu connaître ce qui exalte les chercheurs en sciences exactes, en quoi consiste la beauté d'une suite logique et les arcanes des relations numériques, comprendre comment on peut consacrer sa vie à cela si l'on écarte les simples applications pratiques de cette discipline. Pour moi, c'était un mystère que ce livre a en partie résolu.
     Je me suis totalement identifiée à l'aide-ménagère venue assister un vieil homme affligé d'une perte de mémoire irrémédiable, exceptées pile quatre-vingt minutes par jour où ses facultés lui reviennent. Lui, c'est un professeur émérite, ex-chercheur en mathématiques et spécialiste des nombres premiers auxquels il a consacré sa vie et son énergie et... son amour (une discipline "belle comme une reine, distinguée, cruelle comme une furie"). Il réduit tout, êtres et choses à une traduction chiffrée. Lorsqu'il est plongé dans la confusion parce qu'il ne sait pas quoi dire," il propose des nombres au lieu des mots. C'était le moyen qu'il avait trouvé pour échanger avec les autres". Ainsi cette question rituelle pour accueillir" l'inconnue" chargée de son entretien et le discours surréaliste qui s'ensuit:
 "_Quelle pointure faites-vous?(..)
  _Du 24
  _Ooh, un chiffre très résolu. C'est la factorielle de 4.(..)
  _C'est quoi une factorielle? questionnai-je(..)
  _Le produit des nombres naturels de 1à 4 est égal à 24, répondit le professeur sans ouvrir les yeux. C'est quoi votre numéro de téléphone?
  _576 1455
  _576 1455, vous dites? N'est-ce pas merveilleux? Il est égal à la quantité de nombres premiers Qui existent jusqu'à cent millions.
 Il hochait la tête comme s'il était véritablement émerveillé."
Au contact de ce vieil escogriffe dont le veston est recouvert de paperolles censées lui donner les repères qu'il perd régulièrement chaque jour, l'aide ménagère découvre la joie de la réflexion abstraite, de l'observation et établit une vraie complicité avec lui : les mathématiques deviennent une fin en soi.
Au fil des jours, elle s'imprègne de sa science, fait des recherches en bibliothèque, et miracle, comprend le secret de la formule préférée du professeur, celle qui montre l'importance du zéro.
"La formule d'Euler brillait comme une étoile filante dans les ténèbres. C'était une ligne d'un poème gravé à l'intérieur d'une grotte obscure. Frappée par la beauté tout entière contenue là, j'ai rangé le papier dans la pochette de ma carte de transport."
 Le roman joue constamment de ce choc entre le quotidien limité et pragmatique et l'épure de la spéculation mathématique. En contrepoint, mais intimement liée à cette derniére, le récit montre la passion du professeur pour le base-ball, supporter inconditionnel des Tigers dont il n'envisage pourtant les parties acharnées qu'à travers les cartes des joueurs et les calculs savants des trajectoires et  des déplacements. Et il est vrai que les parties imaginées, le joueur adulé de sa jeunesse, Enatsu, ne trouvent pas leur équivalent dans la réalité du match véritable, forcément déceptif...
Enfin, un des atouts du livre est la relation privilégiée du professeur avec le fils de son aide ménagère pour lequel il éprouve de la tendresse (tendresse d'ailleurs partagée par l'enfant de dix ans sans père) . Il veut toujours le protéger, cet enfant dont le crâne anormalement plat ressemble au trait supérieur d'une racine carrée. Il l'a surnommé Root, littéralement racine carrée:
"Ooh, on dirait qu'il y a là-dessous un coeur plein d'astuce. Ce crâne ressemble à la racine carrée, qui recueille sans faire de différence tous les nombres et leur donne une identité correcte". De fait, ils finissent par créer une sorte de famille à eux trois et le vieil esseulé sans descendance trouvera un digne héritier dans cet enfant de coeur auquel il aura su transmettre la passion des scien mathématiques.
 
Maintenant, je dois avouer que mon regard  a considérablement changé sur ce que je pensais un système à jamais étranger et privé de poésie...

 

Le roman a été publié aux éditions Actes Sud en septembre 2005. Il exiiste aussi en collection Babel. Le roman compte 247 pages.
Il a été traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

 


La jeune auteure, Yoko Ogawa, a obtenu pour ce livre publié au Japon en 2004, le prix littéraire du Yomiuri, le premier grand prix des libraires et le prix de la Société des mathématiques pour avoir révélé au lecteur la beauté de cette discipline.
 

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Published by Mimi des Plaisirs - dans littérature
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commentaires

Gourmandise 07/05/2010 14:32



Ce mélange de science, de poésie et d'humanité, tel que tu le décris, me donne envie de posséder ce livre, de me l'approprier dans ma bibliothèque en l'achetant. Tu devrais avoir un pourcentage
offert par les maisons d'édition pour services rendus à la lecture!



Mimi des Plaisirs 08/05/2010 13:41



Bonne idée que ces subsides... Qui sait?



Pichenette 06/05/2010 21:57



Chère Mimi des plaisirs: voilà un livre intrigant sur un sujet apparemment ardu . Intéressant!



Mimi des Plaisirs 08/05/2010 13:37



Je suis contente que tu sois tentée par le sujet pour le moins original de ce roman. C'est à essayer. Tu me diras ce que tu en penses?



Catherine 06/05/2010 19:30



J'aime bien cette romancière japonaise, j'ai déjà lu 3 ou 4 romans d'elle, mais pas celui-ci.



Mimi des Plaisirs 08/05/2010 13:30



POur moi, c'était le premier mais je pense explorer un peu plus ses livres.



callophrys 06/05/2010 17:03



j'ai eu un ami à la fois fin lettre ô combien et fan de mathematiques...comme quoi les 2 ne sont pas incompatibles..Pour moi...c'est vraiment un monde abstrait,sans importance (ce qui est faux
puisque la science est là pour le demontrer) je vis tres bien sans eux...


une jeune femme n'ecoute Bach qu'en y voyant des formules mathematiques.elle en a fait la demonstration eblouissante à son pere....Peut etre est ce pour cela que Bach m'endort...lol!


pour en revenir à ce livre,les phrases sont tres bien ciselees ,les Japonais d'ailleurs maitrisent bien cela.(et j'applaudis les traducteurs! quand on connait les difficultes de la langue
japonaise!!) ..


A noter aussi...si je me sens un jour le courage de me colter avec les nombres premiers (je prefere de loin les Arts 1ers!!) et autre racine carree.


En tout cas ton article est tres bien fait,bien ecrit...ça donne malgre le sujet envie d'y jeter un oeil.



Mimi des Plaisirs 06/05/2010 18:21



Bonsoir Callophrys,
C'est bien qu'un livre ouvre ainsi des perspectives et amène à des rapprochements , notamment avec la musique. Il est vrai que la musique, au début de la Renaissance et longtemps après a été
considérée comme une branche des mathématiques à cause des intervalles et de la mesure à respecter (du moins sur cette base élémentaire...)
Pour ce qui est de l'histoire japonaise, elle est pleine de petites anecdotes et de digressions assez pittoresques. je n'ai pas très bien suivi pour le base-ball!... On ne s'ennuie pas, malgré
tout. A bientôt. Mimi