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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 10:40

      Prix Fémina étranger 2012,  ce court roman de l'auteure américaine Julie Otsuka décrit sous une forme chorale les existences de  Japonaises au début du XXème jusqu'à la seconde guerre mondiale.
      Les titres des  chapitres donnent une idée de leur parcours:  Bienvenue, Mesdemoiselles japonaises - La première nuit- Les Blancs- Naissances- Les enfants-traîtres- Dernier jour - Disparition.

     Des centaines de jeunes (voire très jeunes) filles se sont exilées volontairement aux Etats-Unis au début du XXème siècle pour fuir la misère ou vivre un rêve de bonheur matériel et affectif. Des hommes les attendent au port , à San Francisco: leurs futurs maris, choisis ou distribués par hasard  par les intermédiaires ou les marieuses . Elles ne connaissent d'eux que leur photo, le plus souvent mensongère, leurs qualités ou leurs richesses qui le sont tout autant...
    Inutile de dire que la déception est au rendez-vous. Pour la plupart, elles vont connaître la violence des premières étreintes sans amour, la rudesse des plantations et du climat extrême qui les éreintent, la pauvreté, l'usure du corps et l'aridité des échanges, le ghetto de la communauté japonaise, l'isolement linguistique et autres douleurs multiples.
  La plupart souffrent en silence, ne pensent même pas à se rebeller contre leur sort, n'arrivent pas à s'intégrer, à apprendre l'américain. En revanche, comble de souffrance pour ces mères, leurs enfants,  refusent le japonais et le legs culturel originel.
 Quelques rares ont tiré la bonne carte.
  Mais toutes subissent les aléas de l'Histoire du Monde et bien que participant activement à l'effort de guerre, elles sont victimes de haines et de lois ségrégationnistes. Chassées de chez elles, considérées comme traîtres pactisant avec l'ennemi, elles  disparaîtront dans l'indifférence puis l'oubli.
  Ce roman, c'est aussi un  document social et ethnologique, une approche des mentalités fort intéressante sur la famille japonaise  confrontée à la puissante Amérique. Expériences de la ville, de la campagne, apprentissages de la vie au quotidien, de la servitude, de la vie de famille, c'est aussi une série d'initiations et de découvertes  que nous livrent ces pages;
 
  Cette lecture lève le voile sur des pans ignorés de l'Histoire en faisant entendre de façon très originale les victimes d'une "traite" déguisée
 En effet, Julie Otsuka adopte le "nous"comme instance narrative ce qui donne un effet de choeur antique, celle du "peuple" des exilés. Aucun arrêt assez long sur une famille ou une personne qui permettrait de distinguer l'une ou l'autre  de ces femmes ou de s'y attacher même si dans le dernier tiers du roman des prénoms apparaissent davantage. La narratrice se contente de rapporter  les faits et les émotions, les réactions des composantes  du groupe en restant à distance. Pourtant, du fait de ces multiples échos, j'ai intensément senti leur désespérance. L' objectivité dans le témoignage accroît  la dimension tragique de ces destins anonymes et permet de saisir des similitudes avec des événements plus d'actualité et plus largement l'immigration.

 Voici la première page pour donner un aperçu de cette écriture particulière:
   Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes. Certaines d'entre nous n'avaient mangé leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n'avaient que quatorze ans et étaient encore des petites filles. Certaines  venaient de la ville et portaient d'élégants vêtements, mais la plupart venaient de la campagne, et nous portions  pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté- hérité de nos soeurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n'avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l'océan nous avait pris un frère, un père, un fiancé, parfois une personne que nous aimions s'était jetée à l'eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent , de partir à notre tour.

  Julie Otsuka ( 1962..) d'origine japonaise vit en Californie. En 2002 , elle publie son premier roman Quand l'empereur était un dieu qui connaît un très grand succès critique.
 Ce second  roman, prix fémina étranger 2012 est traduit de l'anglais par Carine Chichereau. (2012)- 140 pages.
 IEditions Phébus. ISBN: 978-2-7529-0670-0

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 16:59

  La-couronne-verte.jpgLa Couronne verte: un roman qui se lit d'une traite et laisse une étrange et durable impression.
 
  A la fois livre d'aventure ancré dans le concret et la modernité d'un séjour mexicain au Yucatán, roman aux confins du mythe et roman initiatique, il nous entraîne dans une fiction passionnante et de plus en plus angoissante.


  La poésie jaillit dés la page UN et imprime au roman sa marque.

    IL N'A RIEN D'HUMAIN . C'EST UN DIEU. IL PREND LA JEUNE FILLE PAR LES ÉPAULES. SES PLUMES BRUISSENT AUTOUR D'ELLE. MAIS IL A UNE PEAU DE SERPENT FROIDE, COUPANTE, IRISÉE. IL LÈVE LE POIGNARD. ELLE N'A PAS PEUR. ELLE NE FERME PAS LES YEUX. APRÈS LE PREMIER COUP PORTÉ, ELLE N'ÉPROUVE PLUS RIEN, NI FRAYEUR, NI TRISTESSE. APRÈS LE SECOND, IL PLONGE UNE MAIN DANS SA POITRINE D'OÙ IL RETIRE UN OISEAU AU PLUMAGE BLEU-VERT LE PLUS ÉCLATANT QU'ELLE AIT JAMAIS VU; L'OISILLON VIENT DE NAÎTRE MAIS IL A TOUJOURS EXISTÉ.LE DIEU LE LAISSE PRENDRE SON ENVOL. ELLE LE REGARDE S'ÉLANCER DANS L'AZUR, ÉCOUTE SON CHANT MERVEILLEUX. IL PERD QUELQUES PLUMES VERTES QUI RETOMBENT À SES PIEDS.
  
  Omniprésents seront le mythe du dieu-oiseau, les symboles ( les oiseaux et  leurs plumes),  la lumière crue , les violents contrastes (minéral-végétal- animal-humain) qui donnent sa couleur au roman.
 Ce roman a  effectivement quelque chose de pictural  avec sa couleur verte dominante,  ses rouges et roses flamboyants, ses formes géométriques et ses lignes de fuite.
  Toujours entre ciel et terre , il est aussi cosmique.
   Il devient philosophique ou métaphysique dans l'approche du sacré,  de la mise  en scène  de la vie et de la mort ( intention affirmée dans les citations en exergue)
    Il a enfin un aspect musical par la beauté du chant pur de Michelle, de celui des oiseaux  et par la composition en contrepoint.
   En effet Laura Kasiske adopte une écriture à double voix et perspective: celles des deux adolescentes amies. Michelle, de tempérament artiste, prompte à se laisser emporter par son imagination , audacieuse, passionnée et vibrante aime chanter et aimerait voler dans les airs comme un oiseau.
  Anne ,  pragmatique, raisonneuse et plus craintive aime lire et recherche la stabilité.
 Leurs voix narratives différent: le" 'je"  pour Anne, le discours direct en prise avec l'extérieur et l'évènementiel; le récit à la troisième personne pour Michelle, avec  intériorisation  et émotivité prépondérantes.
 

La narration s'organise en quatre parties : autant d'étapes décisives vers une fin tragique différente  pour chacune  des filles et la résolution de la crise.
    Au début,  voyage rituel de fin d'études lycéennes.
  Trois jeunes américaines Terri, Michelle et Anne rompent pour une semaine avec leurs attaches en partant pour le Mexique, les plages de Cancún. C'est leur première aventure. Alors que les estivants vivent  l'ordinaire et l'insouciance de vacances au soleil, l'envie de vivre d'autres émotions et des découvertes taraude Michelle et Anne. Le site maya de Chichén Itzá exerce sur Michelle un attrait magnétique  et sur un coup de tête,  elles acceptent de suivre un inconnu d'âge mûr, un certain Ander, anthropologue, rencontré au bar, pour aller  visiter les vestiges des temples mayas. Il sera leur initiateur.

   Commence alors la seconde aventure sous le signe du dieu Quetzalcóatl, le fameux serpent à plumes doté d'une magnifique queue verte dont Ander conte la légende comme s'il s'agissait de faits avérés: Il règne sur ces terres depuis dix mille ans. Il arbore un visage différent pour chaque période de l'histoire (..) Il arrive que Quetzalcoatl soit un dieu satisfait Mais pas en ce moment.
   Découverte de la jungle lors du trajet: Il y avait beaucoup d'ombre, bien sûr , mais aussi de lumière - le soleil déversant des rayons vert-tilleul entre les feuilles. Elle perçut du mouvement. Les oiseaux, leurs cris. Elle vit les fleurs aussi(...) Leur parfum , dense et charnu, embaumait jusque dans la voiture, mêlé à l'odeur des feuilles, de la rosée accrochée à la cime des arbres-des formes vertes saturées et gonflées.
  Débuts de sensations enivrantes  et fascinantes: la pyramide  et ses terribles rituels narrés ajoutent à l'étrangeté du lieu. Escalader ces marches revenait à pénétrer dans un lieu sans naissance ni mort. (..)Là, ajouta-t-il en désignant le chapeau de la pyramide, un prêtre attendait pour les égorger. Lorsque le sang dévalait la pente, leur âme rejoignait le Serpent à plumes.
   Michelle gravit la Pyramide tandis que son amie renonce. C'est un éblouissement et le sentiment de contempler la création tout entière du point de vue de son créateur, la façon dont le néant portait la terre(..) Il y avait aussi un oiseau vert qui ne fit que passer. Il perdit une plume qui tomba lentement vers elle.
   
A partir de cet instant (3èmepartie), les récits deviennent de plus en plus inquiétants et contrastés: pénétration dans les ténèbres souterraines de la chambre secrète, chaleur et lumière écrasantes dehors. Exaltation de l'une qui a connu comme une deuxième naissance , accablement et peur de l'autre.
  
 Anne veut fuir loin de cette fournaise, de ces mystères oppressants, revenir à la civilisation.
 Les filles repartent en voiture avec des jeunes qui disent rejoindre le Club.

 La fin, je préfère ne rien en révéler sauf dire qu'il s'agit de deux autres terribles voyages et citer un très beau passage :
 Elle vit des oiseaux.
 Des milliers
 Des millions.
  Des ailes vert et argent. Qui émettaient une sorte de chant. Elles semblaient éclairées de l'intérieur. Michelle s'aperçut que la musique extraordinaire qu'elle entendait jaillissait de leurs ailes en gerbes d'étincelles - leurs plumes explosaient puis tombaient, se dissolvaient dans le noir et se muaient en notes harmonieuses.



 J'avoue m'être laissé séduire et troubler par ce voyage autant terrestre  qu'intime et sensoriel, voire sensuel à Chichén Itzá  et par le renouvellement du mythe.

J'ai peu parlé de l' image corrompue et superficielle de la société moderne telle qu'elle apparaît dans le roman mais elle n'a rien à envier à la cruauté de la civilisation pré-colombienne.

 Laura Kasischke, romancière américaine du Michigan  est souvent comparée à  Joyce Carol Oates pour sa critique vénéneuse de la société américaine.
  La Couronne verte( titre original: FEATHERED) a été traduit par Cécile Leroy et a été édité par Christian Bourgois Editeurs en 2008.
  Le livre de Poche 2010: ISBN 978-2-253-12794-9- (219 pages.)
 
 
 
 
  
 

 
 

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 18:00

 images.jpg-les-vaches.jpg Les Vaches Rouges ou Un dernier Amour (2009) est le premier roman très remarqué  de Dorothéa Razumovsky,  philosophe de formation et auteure allemande d'essais consacrés à l'Afrique du Sud, à la Yougoslavie ou à l'Albanie.
 Cet ouvrage, salué par la presse à sa parution, a été traduit de l'allemand par Chantal Le Brun Kéris pour les éditions Buchet-Chastel en 2011 ( ISBN 978-2-283-02482-9)- 178 pages.
 
 Un livre délicieux, tendre conduit par le regard sans concession d'une pensionnaire sur le quotidien d'une communauté de personnes âgées et de l'équipe d'encadrement ainsi que sur les rapports affectifs.
  Des passages pleins d'humour, une quête et une enquête autour d'un mystérieux adolescent étrange et délinquant Vova- Waldemar auquel  la narratrice s'accroche avec passion.



 Comment échapper à la dégénérescence du corps et de l'esprit, au découragement? En écrivant, en agissant envers et contre tous,  en choquant au besoin, en partant à l'aventure sur un coup de tête, en osant  accorder sa confiance et son affection , en croyant à ses rêves .
 
     Le "JE" narratif est une vieille dame veuve. Elle a des difficultés à se déplacer, constate quelques trous de mémoire, mais son esprit est vif  et elle s'engouffre d'un coup dans la modernité avec un coeur est prêt à s'ouvrir à l'amitié et à la tendresse. Mariage de raison , pas d'enfant, elle s'est contentée d'être l'ombre de son universitaire et philosophe d'époux. Maintenant, le temps presse et elle a décidé de prendre sa destinée en main. Elle a quitté sa maison, investie par sa belle-fille, pour regagner sa liberté et vivre ce qui lui reste d'existence. Elle a calculé qu'elle doit tenir six ans encore pour s'occuper de Cora, sa vieille compagne, la petite chienne. Elle vit dans une résidence pour personnes âgées, garde son autonomie et surtout écrit son journal sur l'ordinateur portable dernière génération qu'elle a volé avant de partir
   Mais qui décrira ma rage devant la façon dont ils m'ont traitée?  (...)
   Qui , sinon, moi?
  Il est peut-être bénéfique de tout consigner par écrit , d'essayer de s'en débarrasser d'une façon ou d'une autre. Cela revient moins cher qu'un traitement psychiatrique, surtout lorsque l'on a comme moi un beau PC à sa disposition (p15
)

   Le lecteur découvre donc, au fil des quelques quarante relations qu'elle tape sur son ordinateur en cachette, les menus faits de son existence ou ses grands choix d'avenir.
 Un adolescent vient régulièrement à la résidence: la rencontre improbable entre le jeune voyou et la vieille dame distinguée a eu lieu,  par hasard, dans un parc municipal. C'est Cora qui en a été l'agent de liaison. Depuis, il est le seul à bénéficier de la confiance et de l'affection et de l'intérêt de la vieille dame" indigne". Le mystère dont il s'est entouré et qui ne fait que s'accroître, exacerbe l'intérêt qu'elle lui porte ...et le nôtre.
 Grâce à cet ange-démon, elle trouve un sens à sa vie, elle se sent utile, elle donne  ET reçoit de l'affection, elle renaît comme mère-grand-mère de coeur.
 Voici les derniers mots qu'elle écrit dans son journal avant  de partir pour la Russie sur la piste de Vova et des vaches rouges de l'Altaï:

 Oui, je suis heureuse, car on a besoin de moi. Peut-être chaque humain n'a-t-il besoin pour être heureux que d'une seule personne qui ait besoin de lui.

   Un regard intime sur le début de la  vieillesse mais surtout un formidable élan d'espérance qui m' ont à la fois émue et amusée.

 
  Ce livre entre dans la contrainte de Philippe D: http://phildes2.canalblog.com (titre avec une couleur pour ce mois)LireContrainte
 
 
:Defi-PR1      Chez Anne:" Premier roman" et "Voisins -voisines" http://desmotsetdesnotes.over-blog.com/voisins-voisines-version-curlz.jpg
 
 
 

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 15:46

  images.jpg  " Quim Monzó dit que Mille crétins est son livre le plus gai. Et il est vrai qu'il faut un sacré sens de l'humour pour traiter de sujets aussi joyeusement réconfortants que la douleur, la vieillesse, la mort , le désamour ou les querelles mesquines. En lisant ses nouvelles, nous rions, mais nous rions de nous-mêmes , du bonheur d' être lucides. " déclare Robert Coover, cité en  quatrième de couverture.

  et puis aussi :   "S'il était américain, il serait considéré comme un des meilleurs écrivains de nouvelles du moment, un des meilleurs du monde. En réalité, il l'est. Mais il n'est pas américain. Ce qui complique les choses." Enrique Vilas- Matas.
 Le titre, ces lignes, ont suffi à m'attirer vers ce mince recueil d'à peine 150 pages qui propose les nouvelles regroupées en deux parties: sept de 10 à 25 pages puis douze, très brèves.
 
  Pour les7 premières:
  Histoires de rencontres ratées, de silences , de regrets enfouis, de rêves avortés, de faiblesses physiques et morales...
  Histoires de couples qui n'en sont plus, d'amour transformé en haine par les années trop longues, d' envies d'en finir avec la souffrance et la vieillesse, la maladie.
   Histoires de ressassements, de procrastinations, de contemplation du vide  de l'existence.

   Pour les suivantes:
 des scènes du quotidien  croquées sur le vif (la télé, l'ordi en famille la photo numérique, le pique-nique, le pot pris au bar, etc...)
 des scènes cultes comme celle de l'annonce faite à Marie ou celle de la belle au bois dormant réveillée par un baiser du prince, mais revues à la sauce catalane de Quim Monzó.
  Et autres regards incisifs portés sur nous, pauvres humains...


  Des regards à la Roman Polanski et à la Topor (il les cite d'ailleurs en exergue) .
  Pas très gai tout ça présenté en données thématiques brutes.... Et pourtant...
 
  Cette lecture agit comme un antiseptique qui brûle sur le moment mais procure un  bienfait inespéré: on a envie de rire, de se se dire que non, c'est sûr, on n'est pas comme ça, que l'on ne sera jamais comme ça, que c'est trop crétin de se gâcher la vie en refusant d'agir, en louvoyant avec la vérité, en fouillant le passé stérile.
 

  On en sort guéri de sa morosité: ouf ! c'est pas pour nous, ce tableau désolant.

  L'humour noir très  particulier de Quim Monzó  est un bon remède! On en redemande.
 
 traduit du catalan par Edmond Raillard
 Editions  Jacqueline Chambon. associée avec Actes Sud.
 ISBN 978-2-7427-8115-7
 


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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 14:30


  L-empire-Des-Dragons-Livre-558094430_ML.jpg

Le roman d'aventures L'Empire des Dragons de Valério Manfredi entraîne le lecteur dans une histoire passionnante, pleine de rebondissements et de péripéties et, ce qui ajoute à l'intérêt de la lecture, d'une rare qualité d'érudition sur le monde antique, au troisième siècle après Jésus-Christ.
    L'auteur est un éminent spécialiste  italien de l'Antiquité (archéologie, histoire et littérature) qui "transporte l'homme moderne dans une antiquité reconstituée exactement, mais avec émotion" et son talent de conteur est indéniable.




    Le roman s'articule autour de l'épopée vécue par Marcus Metellus Aquila, chef de la garde personnelle de l'empereur des Romains, Valérien. Son sort et celui de ses fidèles soldats se trouve lié à celui d'un mystérieux prince chinois retenu en otage par les Perses, Dan Qing et d'un marchand indien, leur passeur et protecteur, Darouma.
  En l'an 260, à Edesse, en Syrie, Métellus, chef de la deuxième légion romaine est fait prisonnier avec Valérien à la suite d'une traîtrise tramée par le roi des rois, le cruel et sanguinaire perse Chahpour.  Traînés dans les pires conditions à l'enfer de la mine d'Aus Daiwa dans le royaume de Perse, ils survivent aux tortures ( sauf l'empereur qui meurt sans avoir perdu de sa dignité) et réussissent grâce à leur intelligence et à leur courage à s'en échapper dans des conditions inimaginables...Mais loin de revenir à Rome, ils devront s'embarquer dans un voyage maritime puis terrestre jusqu'aux confins du monde connu de leur époque: la lointaine et si mystérieuse Chine, les montagnes du Tibet et ses monastères de moines guerriers. A Luolang, ils trouveront de nouveaux défis pour lesquels ils ne sont guère préparés: ils devront combattre les légendaires et invincibles Renards Volants experts en arts martiaux  pour rétablir le prince Dan Quing dont le pouvoir a été usurpé par son ennemi mortel, l'eunuque Wei. L'amour complique les donnes et les combats fantastiques font rage jusqu'à l'épilogue.
     Le récit donne l'occasion de confronter l'Occident et l'Orient, des civilisations très différentes dans leur philosophie, leurs croyances, leurs concepts, leur politique, leurs moeurs brutales ou raffinées, leur nourriture, leurs rapports au corps et à l'esprit, leur architecture, leurs paysages. Et pourtant, ils se retrouvent dans la cruauté, l'ambition, la soif de pouvoir tout comme dans la dignité, la loyauté, l'amour et l'amitié.
      Légendes et Histoire, personnages réels ou inventés, contextes triviaux ou merveilleux s'entremèlent habilement et l'on sort de ce roman avec le sentiment d'avoir fait un extraordinaire voyage dans le temps, l'espace et la connaissance.
 
   Une lecture qui tient en haleine et dont on se souvient.   

Livre disponible en collection POCKET,numéro13172,édition 2006.

 Ce roman compte pour le challenge de Catherine " Dragon Spécial " 2012ChallengeDragonSpecial
 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 15:32

 Lenaïg nous suggère pour ce jeudi : "Tout ce qui est petit est inouï" (un petit bonheur, une petite merveille...)


   Voici deux petites pépites de poésie chinoise classique écrites sur des " presque rien" éphémères qui m'ont émerveillée.
 J'ai eu la chance d'entendre ces poèmes et d'autres déclamés en chinois lors d'une conférence.
 L 'effet musical de ces mots  si étranges à mes oreilles  était saisissant. Je m'en suis sentie envahie.

     La première poésie est  de Wang Wei (701-761), poète, peintre, calligraphe et  musicien dont on disait que les poèmes étaient des tableaux et les tableaux des poèmes.


         L'auberge des bambous

    Seul, assis à l'écart dans le bosquet de bambous
    Jouant la cithare qui répond à mes longs fredonnements
    Dans la forêt profonde nul ne me connaît
    Le clair de lune vient m'éclairer

      
       La seconde de Meng Hao Jan (689-740) , poète ermite dans la montagne de "la Porte du Cerf" et  ami de Wang Wei et de Li Po.


      Somnolant au printemps sans s'éveiller à l'aube
     Partout s'entend le chant des oiseaux
     La nuit, vient le bruit du vent et de la pluie
     Qui sait combien de fleurs sont tombées?

  
 images-copie-2.jpg J' ai retrouvé ces miniatures  dans la belle anthologie de petits poèmes chinois  LES YEUX  DU DRAGON , parue chez Points en 2010 (ISBN 978.2.7578.1108.5)
    (4ème de couverture)
 " Les plus grands poètes chinois classiques, de Juan Chi (IIIème siècle) à RYOKan (XVIIIéme siècle) en passant par Han Shan, Wang Wei ou encore Li Po, sont imprégnés de l'esprit du tao et du ch'an (équivalent du Zen japonais).

 Cette inspiration philosophique met l'accent sur les thèmes de la Voie, de l'écoute de soi et de l'ermitage en montagne."
 L'attrait du recueil provient aussi de la mise en page très réussie qui met en vis-à-vis le poème et  sa calligraphie par Long Gue, peintre et calligraphe originaire de Mongolie.
  Daniel Giraud qui a traduit ces poèmes nous transmet leur subtilité. Il est  spécialiste de la pensée et de la poésie chinoise( traducteur du  Tao Te Ching et de  I Ching  et du poète Li Po en particulier.)
 La courte  préface qu'il rédige et les notes brèves éclairent suffisamment pour un néophite en matière de poésie chinoise.
 J'aime beaucoup ces lignes qui nous invitent à aller à la rencontre des poètes qu'il a retenus pour cette anthologie:

   Chang Seng Yu (VIème siècle) ayant peint quatre dragons sur le mur d'un temple bouddhique sans dessiner leurs yeux, on le pressa de le faire bien qu'il ait averti:  "ils s 'envoleront! ". Ainsi dès qu'il eut dessiné les yeux de deux dragons, la foudre tomba, le mur s'effondra et les deux dragons ayant des yeux s'envolèrent au ciel...De même, dans un espace sans dehors ni dedans, puissiez-vous, ces poèmes sitôt lus , vous envoler!"

 Une invitation à un voyage pour le moins déroutant mais riche de prolongements intimes.
 
Cet article compte pour les challenges de Catherine  du blog "laculturesepartage "                  ChallengeDragonEau  "Spécial dragon"            et

                                                            "Dragon d'eau"
    ChallengeDragonSpecial        
     
 

   
 

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 19:33

  product_9782070127207_248x315.jpg   J'ai lu ce roman de Philip Roth intitulé Némésis il y a quelques semaines déjà. Hélas,  je ne l'ai plus sous les yeux.
 Pourtant si je viens en dire quelques mots , c'est parce qu'il m'a laissé une impression assez forte.

     Je n'ai pas oublié la vie de ce jeune homme américain de 23 ans, Bucky Cantor et l'été 44 qu'il passe à Newark .

   La guerre fait rage en Europe, les Américains préparent l'offensive contre Hitler.
    Bucky n'a pas été incorporé en raison d'une vue très faible. Tous ses amis sont sur le front européen, donnent leur vie. Il a honte , lui, d'être resté à l'abri des conflits. Il aurait voulu s'engager.
  L'été est torride, épuisant, une épidémie de poliomyélite se répand dans la ville mais il continue à  entraîner  les enfants et les adolescents du quartier juif qui  fréquentent assidûment le terrain de jeux  dont il est responsable. Les jeunes  aiment et respectent ce moniteur impliqué et l'admirent comme un héros quand il repousse par sa seule volonté et maîtrise une bande de voyous du quartier italien  venus cracher et les  insulter  en les accusant d'être les agents de la propagation de la maladie.
 On ne sait pas guérir la polio encore: les souffrances sont insoutenables, le corps s'atrophie, se raidit , se déforme, les poumons sont atteints parfois et les rescapés ne doivent leur survie qu'à des prothèses , à un "poumon d'acier". Des existences alors pourries comme seules perspectives.
   A l'aire de jeux, ils sont épargnés mais très vite le premier cas se déclare: le plus fort, le plus athlète des adolescents est atteint et meurt. Un choc terrible pour Cantor, l'incroyant qui se révolte, pose alors la question devant tant d'injustice et de douleur infligées mais  acceptées comme desseins de Dieu par les croyants : Pourquoi? que fait  Dieu ?
 Les cas se multiplient  touchant surtout les enfants . Il faudrait fermer le centre mais les priver de détente, est-ce possible? Les activités continuent malgré tout.
 Cantor est en bonne santé mais  il est rongé par la culpabilité. Pourquoi pas lui?

 Une alternative se présente et il s'y engouffre comme mû par une volonté extérieure à lui- même: un remplacement dans un camp de vacances en montagne où il retrouvera sa fiancée, monitrice des filles . La santé y est florissante. Ce sera une parenthèse de quelques heures sans nuages où il goûte à la fraîcheur de l'air, aux valeurs ancestrales de vie dans la nature, à l'amour, à l'amitié, où il fait des projets de vie .
 Athlète confirmé de natation et de plongeon, il initie un jeune moniteur à la perfection du saut dans les eaux glacées du lac. Des instants de toute beauté!
  Mais éden tellement fragile! Des nouvelles de mort de ses amis soldats lui parviennent et l'anéantissent puis le jeune moniteur est foudroyé par la polio sous les yeux de Bucky. Il en est persuadé maintenant: c'est lui le vecteur de la maladie pour les enfants qui lui avaient été confiés et pour le camp de la montagne!  Les tests le confirmeront.
 
 La troisième partie : plusieurs décennies  plus tard.
  On y retrouve Cantor, vieilli, déformé par la polio, traînant son corps disloqué, méconnaissable, rongé par le remords et l'incompréhension. Il a repoussé avec obstination  et orgueil sa jeune fiancée, qui voulait malgré tout devenir sa femme, pour lui épargner une vie de sacrifices. Mais elle hante ses pensées et il  cherche éperdument sa silhouette dans la rue. Son esprit reste prisonnier de la tragédie.
  On découvre aussi qui était le narrateur du début du roman: un jeune colon contaminé lui aussi .  Lui a choisi de vivre en dépit de son handicap. Il a reconnu Cantor, est  devenu son ami et a recueilli ses confidences lues auparavant.
 Cette partie est constituée de discussions entre les deux hommes et revient sur la question métaphysique de l'existence du mal et du rôle de Dieu dans la destinée humaine.
 Cantor est-il coupable? Est-il victime d'un orgueil immense qui lui fait croire que l'homme peut tout comprendre , tout contrôler?
 Mille questions gravitent autour des deux axes majeurs : la guerre et la maladie , les deux pouvant être reliées de façon métaphorique.
 Au delà de l'émotion liée à la découverte de l'horreur d'une épidémie, j'ai été sensible à l'éclairage qu'apporte Philip Roth sur la fragilité de l'être humain et sur sa grandeur.
 
 Ce roman a été publié chez Gallimard- 230 pages environ- 2012.
 
 Je mets ce roman pour le challenge de Philippe: " Ecrire sous la contrainte".( En janvier, titre en un seul mot. )
 LireContrainte

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 22:20

les tétins
      
         Un livre savoureux, tendre, gourmand, émouvant, sensuel en diable... mais jamais trivial ni grossier.
         L'histoire d'une famille sicilienne de Palerme et des environs sur trois générations.
      Des grands-mères hors du commun, des petites filles qui ne le sont pas moins, des grands-pères à la personnalité forte, des hommes aux pulsions fortes ou peureux et lâches , des mères au caractère bien trempé...
      La vie de la famille Badalamenti défile , narrée avec dynamisme dans  une langue colorée et malicieuse.
        Sicile de la tradition,  petits villages ou  grande ville, de Catane à Palerme, nous en découvrons les détours car l'auteur nous y entraîne à leur suite . C'est alors comme si nous y avions toujours vécu aux côtés de ces personnages truculents, exceptionnels et communs à la fois et qui nous ressemblent tant!
         A cause de tout cela, j'ai eu du mal à  lâcher  le livre  et ma lecture terminée, j' ai la sensation d'avoir eu la chance de cotoyer  des êtres qui , bien que de papier, étaient de très bonne compagnie! ...

           Quelles femmes!...de la force, de la volonté, elles n'en manquent pas et arrivent s'opposer à ceux qui les dominent ou voudraient les asservir.
   A travers elles se lit l'évolution de la condition féminine jusqu'à sa libération.
  De Luisa à Agata, d'Agata à Agatina, au corps plantureux et aux tétins magnifiques transmis de grand-mère à petite-fille et  qui   font perdre la tête aux hommes et engendrent bonheurs et malheurs, se transmet le secret des cassatelles. Ces délicieux gâteaux en forme de sein à base de pâte brisée fourrée avec  ricotta,  fruits confits,  chocolat  noir,  sucre et  recouverte d'un glaçage de crème orné d'une cerise rouge confite,  sont comme une source de vie. ( la recette détaillée est au début du livre!...)
    Nul n'y résiste et ce péché mignon fait naître mille pensées amoureuses, chatouille tous les sens, apporte parfois fortune et renommée dans la famille.
    Il a quelque chose de miraculeux à le voir  naître des mains des Agathe.
   Ce délice est traditionnellement préparé le 5 février , jour de la sainte Agata, la sainte qui subit le martyre que la grand-mère raconte avec force détails à la petite Agatina... pendant le pétrissage de la pâte, à des fins édifiantes!

 Cette hagiographie est comme la colonne vertébrale du roman. Elle le structure dans ses thèmes et sa progression. Donc la voici:
  Sainte Agathe était une très belle jeune fille pure et gagnée par la foi. Elle est plusieurs fois humiliée, torturée parce qu'elle résiste et reste insensible aux caresses que lui inflige le gouverneur romain.  Celui-ci, dépité de sa froideur, lui fit arracher les seins, mais Agata ne meurt pas, Saint Pierre lui redonne ses seins magnifiques et l'Etna se déchaîne, ensevelissant les bourreaux. Elle devient la protectrice des femmes.
 De fait, Agathe- le personnage clé du roman- et les femmes de sa famille traversent comme la sainte maints tourments.  Des pages graves  avec la maladie, la mort, la solitude, l'indifférence des parents qui ressemble à l'abandon, la jalousie  destructrice, l'humiliation, plusieurs  cancers des seins et leur ablation, la souffrance de cette féminité perdue  contrastent avec le monde sucré , doux et parfumé des pâtisseries qui alors consolent du malheur et redonnent l'espoir.

   De nombreuses figures et épisodes de vies de femmes de tout âge et de toute condition sociale  traversent ce roman sur un siècle environ.  Cette fresque où le corps, la sexualité ont une place capitale est passionnante à parcourir, souvent émouvante, très souvent drôle aussi.

   "Les tétins d'Agathe" : un livre à déguster!


 L'auteure, Giuseppina Torregrossa ,sicilienne de naissance(1956) a été gynécologue pendant 20 ans , spécialiste de la prévention du cancer du sein.
 Elle publie son premier roman en 2007" L'Assaggiatrice" et écrit un monologue théâtral Adèle (Prix "Femmes et théâtre")

 Le roman, paru aux Edditions Jean-Claude Lattès, a été traduit de l'italien en 2011 par Anaïs Bobotka.    Le titre original: El conto del Minne. ( en sicilien, "minne"signifie à la fois les seins et les gâteaux de ste Agathe)
 ISBN:978-2-253-16439-5  -   En poche depuis mars 2012 
 tétins poche
 Ce roman pour le challenge "Voisins-Voisines "Logo-Voisins-Voisines-Calibri-noir-cadre-blanc chez Anne du blog " des mots et des notes" ( http://desmotsetdesnotes.wordpress.com/)
et pour le challenge "Lire sous la contrainte" chez Philippe du blog "D"un livre à l'autre" ( http://phildes.canalblog.com/)LireContrainte (pour octobre, un titre comportant un prénom.)

     

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 10:18

 Flamme.jpg   GERILEQIMUGE Grue-Noire est né en Mongolie où il a passé son enfance dans les prairies et la steppe.

 Actuellement il vit en Chine mais il repart régulièrement avec ses chiens  sur les hauts plateaux de la Mongolie et du Tibet.
 Ses livres sont nourris de son expérience, de ses contacts avec les populations et de ses périples. Ils ont été salués  par la critique et ont reçu de  nombreux prix en Chine et à Taïwan.

    FLAMME( titre original :HeiYan)  a été publié en 2005 pour la première fois et seulement traduit du chinois en 2011 par Patricia Batto pour les éditions Philippe Picquier.
 ISBN:978-2-8097-0250-7
  266 pages.

     Qui est Flamme? le héros.
    Un chien noir, un molosse tibétain, de la taille d'un ours, d'une beauté et d'une force colossales. Aucun autre homme que son maître ne peut l'approcher.
 Flamme, couché par terre, le corps couvert d'une épaisse couche de neige n'avait pas l'air de se soucier du froid. En apercevant Han Ma, il se leva immédiatement, secoua la neige sur son corps, et alla jusqu'à lui.
  C'était un énorme molosse majestueux, au pelage noir, long et épais , qui brillait de lueurs bleues métalliques à la lumière de l'aube. Ses quatre pattes étaient solides comme des piliers. Il s'approcha à pas lents, l'air insouciant, ses presque quatre-vingt centimètres au garrot lui donnaient l'air aussi robuste qu'un grand ours noir.
   Les bergers firent claquer leur langue d'admiration.
(p 266)
 Il semble sorti tout droit d'un conte, d'une épopée tant son intelligence est vive et sa capacité d'adaptation inouïe. Nous suivons sa vie tumultueuse depuis sa naissance jusqu'à sa splendide maturité à travers la Mongolie, le Tibet, "le toit du monde", la Chine urbaine et moderne ...
     Il a du loup dans ses veines , une énergie phénoménale, une fidélité indéfectible au maître  du moment, une efficacité redoutable en tant que chien de berger (ce qu'il est...)

    Soudain, Flamme bondit de toutes ses forces en l'air et avec férocité se jeta de côté vers les reins du loup. Le loup se laissa prendre au piège: risquant le tout pour le tout, il se retourna pour mordre en retour. Ce n'était qu'une feinte  de la part de Flamme: la gorge du loup était maintenant à sa portée, juste sous ses yeux. Il ne lui restait plus qu'à suivre la procédure habituelle en mordant cette partie vitale.(p37)
  Flamme ne démérite pas non plus devenu  gardien de nuit de super-marché , dans la grande ville, au terme d'une épopée grandiose: sa seule présence suffit à dissuader  le voleur...
  

  Plus souvent enchaîné, encagé que libre, blessé, affamé, pourchassé, traînant sa chaîne , Flamme "rêve" de retrouver ses hautes prairies glacées dont il a été exilé à la suite de sa vente à des marchands de chiens et de tous les malheurs qui s'ensuivirent jusqu'à son sauvetage in extremis par Han Ma en pleine steppe.
 Objet de toutes les convoitises, inspirant la terreur et la fascination, Flamme apprend à vivre et à survivre dans des lieux insoupçonnés, grandioses , effrayants à force d'excés .
   Dans ce roman initiatique, tout semble hyperbolique tant les limites sont repoussées à l'extrême: cruauté, passions humaines, "sentiments" de l'animal, paysages somptueux et vierges ou  banlieues sordides.

 La découverte de ces contrées et de ces traditions de bergers (moins celle de la Chine entrée dans la mondialisation...) en compagnie de Flamme est passionnante. Des drames s'y jouent entre chien et hommes, entre hommes aussi.  Des histoires de vie et de mort, une belle histoire d'amitié et de fidélité, des combats, des poursuites haletantes, des moments apaisés, presque de méditation.
 Le point de vue animal adopté ( même si le récit est à la troisième personne) est une gageure réussie car on apprend à penser "chien" et les hommes, du coup , sont  placés sous un autre éclairage, pas toujours en leur faveur!...
 ( Flamme a trouvé refuge dans la petite cour d'un vieux peintre de tankas à Lhassa. Il est nourri et accepté  mais il suscite une curiosité et des attroupements qui gênent  l'artiste au visage de statue qui s'apprête à le céder pour rien à un type au visage basané )
   p 100: Flamme vit tout de suite sur le visage de pierre inexpressif du vieux peintre que celui-ci avait décidé d'un changement dans son destin.(...) Contre toute attente, il se tourna vers Flamme et lui jeta un coup d'oeil. Ce coup d'oeil suffit pour que Flamme se sente obligé de se lever: il aurait aimé comprendre ce qui se passait, il voulait savoir ce qui allait lui arriver.

 .
 C'est un roman d'hommes, d'hommes rudes rongés par un alcoolisme chevillé à leur condition. Le contraste est énorme entre les bergers du Tibet   qui vivent en harmonie avec les forces naturelles et les citadins avides.

   Accepter tout avec sérénité était précisément ce qui permettait aux habitants du haut plateau de survivre dans des conditions aussi difficiles; sur le visage de Danzeng flottait ce calme, proche de l'hébétude, propre aux Tibétains (p31)
  Il est plus facile pour Flamme de vaincre loups ou meutes entières que de résister aux hommes fourbes animés par de vils désirs: il sera souvent leur victime mais apprendra à déjouer leurs ruses. Happy-end et reconnaissance finale, mais bien mérité pour Flamme!

 
J'ai été étonnée par mon intérêt inhabituel pour un livre comme celui-ci.
   Mais maintenant je sais que Flamme m'a apprivoisée et que je l'ai aimé , admiré, ce molosse capable de tout grâce à ses  sens aiguisés et à son courage. J'ai vibré au rythme de ses aventures.

   Je sais aussi que les pages très nombreuses où l'auteur Gerilegimuge tend devant nous la toile des paysages de ces contrées lointaines avec ses scènes croquées sur le vif m'ont tenue sous leur emprise poétique ou naturaliste.

  La neige tombait de plus en plus drue, les flocons remplirent tout l'espace, sans laisser la moindre brèche.
 On était au bout du monde, dans la steppe du nord du Tibet, la région la plus sauvage du plateau,du plateau du Qingai-Xizang. Cet immense plateau est appelé le "troisième pôle" de la planète en raison de ses réserves de glace. C'est un endroit désolé, loin de toute civilisation , qui fait penser à l'univers des origines, au début des temps.
  Une tente se dressait au milieu de l'impétueuse tempête, telle une toute petite île isolée, insubmersible.(...) Mais comme toutes les tentes transportées à dos de yacks de place en place dans la steppe, quand les bergers l'avaient montée au milieu de l'étendue déserte, elle s'était transformée en un foyer douillet. (p5)

 Enfin, participer à la découverte des moeurs et des mentalités de ce peuple, surtout des peuples nomades,  a été captivant.
 
 Un livre à part, qui m'a laissé un souvenir prégnant. et que j'inclus dans le challenge de Catherine du blog " La culture se partage"ChallengeDragonEau.

 
 
 

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 15:22

     J'ai ouvert Le chant général de Pablo Neruda, prix Nobel de littérature en 1971. J' en ai lu quelques pages au hasard avec une grande admiration.

Ce poème , le quatrième  de la section XII intitulé "Les Fleuves du chant" a retenu mon attention pour ce défi 86.
J'ai trouvé que Pablo Neruda abordait le grand mystère de la mort de l'homme à travers celle  d'un artiste musicien; le mystère  de sa survivance également  avec une intensité poétique particulièrement saisissante. Il nous fait entendre le chant secret du monde dans ce poème oratorio qu'il écrit pour lSilvestre Revueltas dont les oeuvres sont toujours interprétées en particulier "Homenaje  a Garcia Lorca" (1936) pour orchestre de chambre.


Quelques instants, si vous le voulez avec la musique de Silvestre Revueltas(1899-1940) avant le poème de Neruda qui lui rend hommage.
 

 

 
       A Silvestre Revueltas, Mexicain, dans sa mort (Petit Oratorio)

       Quand un homme comme l'était Silvestre Revueltas

 

       retourne à la terre,

       une rumeur monte, une vague
       de voix et de sanglots qui prépare et divulgue son départ.

       Les petites racines disent aux céréales: "Silvestre est mort",
       et le blé ondule son nom sur les versants
       et aussitôt le pain le sait.
       Tous les arbres de l'Amérique le savent déjà.
       Aussi les fleurs glacées de notre zone arctique.

       Les gouttes d'eau le communiquent,
       les fleuves indomptables
              de l'Araucanie connaissent déjà la nouvelle.
       Du glacier au lac, du lac à la plante
        et de la plante au feu, du feu à la fumée:
        tout ce qui brûle, chante, fleurit, danse et resssuscite,
        tout ce qui dans notre Amérique est permanence,
               hauteur
                    et profondeur, l'accueille:
        pianos et oiseaux, songes et sons, le filet palpitant
        qui unit dans le vent tous nos climats
        tremble et transfère le choeur funèbre.
        Silvestre est mort, Silvestre est entré dans sa musique totale,
        son silence sonore.

         Fils de la terre, enfant de la terre, dès maintenant
                  tu entres dans le temps.
         Dès maintenant ton nom plein de musique va voler
         dès qu'on touchera ta patrie, comme du bronze d'une cloche,
         avec un son nouveau, le son que tu étais, mon frère.
         Ton coeur de cathédrale en cet instant nous couvre
                  comme le firmament
         et ton chant immense et grandiose, ta tendresse volcanique,
         comme une statue embrasée emplissent toute la hauteur.
         Pourquoi as-tu semé la vie? Pourquoi
         as-tu versé dans chaque coupe
         ton sang? Pourquoi
         as-tu cherché
         tel l'ange aveugle se cognant aux portes de la nuit?

        Ah! mais de ton nom jaillit la musique
        et de ta musique jaillissent, comme d'un marché,
        d'odorantes couronnes de laurier,
        des pommes d'odeur et de symétrie.

        En ce jour d'adieu solennel c'est toi qui prends congé,

        pourtant tu n'entends plus,
        ton noble front nous manque et c'est comme s'il manquait
        un grand arbre au milieu de la maison de l'homme.

       Mais notre lumière déjà est une autre lumière,
       la rue que nous prenons est une rue nouvelle,
       la main que nous touchons a maintenant ta force,
       tout devient force et énergie dans ton repos
       et ton intégrité va s'élever  du fond des pierres,
       elle va nous monter la clarté de l'espoir.

       Repose en paix, ton jour s'est achevé, mon frère,
       ton âme, douceur et puissance, l'a rempli
       D'une splendeur plus grande que les heures diurnes
       et d'une rumeur bleue comme la voix du ciel.
       Ton frère et tes amis m'ont demandé
       de répéter ton nom dans le vent d'Amérique,
       qu'il soit connu du taureau des pampas et de la neige,
       que la mer le soulève et que l'air en discute.

       Désormais les étoiles d'Amérique sont ta patrie.
       La Terre désormais est ta maison sans portes.

                   PABLO NERUDA
poète, écrivain, homme politique, diplomate chilien (1904-1973)
              Canto General  publié en 1950 à Mexico

 

 Traduction française de Claude Couffon (Poésie/ Gallimard- éd 1999)

  

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